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Aliot ou Bardella pour remplacer Le Pen, ça change quoi pour le RN ?

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Au sein du Rassemblement national, c’est une (toute petite) révolution. Pour la première fois dans son histoire, le parti (ex-FN) ne sera pas dirigé par un membre de la famille Le Pen*. Marine Le Pen a déjà indiqué depuis plusieurs semaines qu’elle se consacrait à gérer le groupe des 89 députés à l’Assemblée nationale et ne serait pas candidate à sa réélection.

Deux hommes sont en lice pour lui succéder le 5 novembre prochain, lors d’un vote des militants en congrès à Paris. Jordan Bardella, eurodéputé et président par intérim, affrontera Louis Aliot, le maire de Perpignan. Mais au fond, est-ce que ça change vraiment quelque chose pour le parti ?

Deux candidats « aux sensibilités différentes »

Depuis l’annonce de leurs candidatures, Louis Aliot et Jordan Bardella se présentent sur la même ligne : sociale et identitaire. Mais leurs soutiens s’efforcent de souligner les nuances entre les deux hommes. « Il n’y a pas de différence de ligne, mais des sensibilités différentes, des sujets de prédilections liés à leurs parcours, comme les harkis et des pieds noirs pour Louis Aliot », assure Julien Rancoule, député RN de l’Aude. « En tant qu’élu de terrain, il a une réelle vision locale, et il connaît les problèmes de la France périphérique. Il porte cette voix-là, celle des gens souvent oubliés. La France ne s’arrête pas à Paris, il y a la province aussi », ajoute-t-il.

Dans le camp Bardella, on insiste davantage sur le rôle du jeune eurodéputé dans la réussite des dernières années. « Il a mené avec brio la campagne des européennes en 2019 et participé au succès des dernières législatives, quand Louis Aliot était retranché dans ses Pyrénées Orientales, souffle un des soutiens de l’eurodéputé. Tout le monde apprécie Louis, mais Jordan, c’est l’avenir. Avec lui, on aura un véritable chef. Il va continuer de faire monter de nouvelles figures, structurer le parti et l’implanter sur le territoire. »

Une seule ligne : celle de Marine Le Pen

S’il est difficile de distinguer les différences de fond entre les deux, c’est qu’au Rassemblement national, il n’y a qu’une seule ligne : celle de Marine Le Pen. « On a un duel, mais il est bien cadré. Dans tous les postes à responsabilité, et jusqu’aux secrétaires départementaux, il n’y a pas de sensibilité qui diverge de la ligne qu’elle a fixée », remarque Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, et directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès. Pour cette raison, l’intéressée a d’ailleurs annoncé qu’elle ne se risquerait pas à prendre parti. « En réalité, ils sont sur la ligne politique sur laquelle j’ai moi-même été élue à plusieurs reprises, que je défends au RN et que je défendais déjà au sein du Front national depuis plus de vingt ans », disait la députée d’Hénin-Beaumont la semaine passée en conférence de presse.

Pas anodin donc, de voir les deux camps marquer leur proximité avec « Marine », dont la popularité ne faiblit jamais chez les militants. « Louis Aliot a toujours été fidèle et droit. Il a grandement participé à la modernisation du parti et à la prise de pouvoir de Marine Le Pen », assure Julien Rancoul. « La vraie continuité de Marine Le Pen, c’est Jordan. C’est d’ailleurs à lui qu’elle a confié les clés du camion pendant la dernière campagne présidentielle », réplique un de ses soutiens.

Nouvelle étape dans la dédiabolisation

L’enjeu du scrutin est probablement ailleurs. Depuis que Marine Le Pen a pris les rennes du FN en 2011, elle applique avec soin la même stratégie : tenter de dédiaboliser le parti de son père pour en faire oublier le sulfureux passé. L’élection d’un nouveau président à sa tête, n’est qu’une nouvelle étape du processus. « C’est bien qu’il y ait deux candidats, cela démontre que nous sommes un grand mouvement démocratique. Nos adhérents auront un vrai choix, entre deux personnalités importantes et de qualité. On continue notre évolution, notre mutation pour prendre un jour le pouvoir », dit ainsi Gilles Pennelle, cadre du RN responsable des fédérations.

Au-delà du duel, ce sera surtout la première fois depuis 1972, et la création du FN, que le président élu par les militants ne sera ni Jean-Marie ni Marine Le Pen. « Il y a la volonté de rupture avec l’ère dynastique. C’est une nouvelle étape dans la stratégie de normalisation entreprise par Marine Le Pen depuis plus de dix ans. Mais même sans être présidente, Marine Le Pen restera bien celle qui donne le ton », assure Jean-Yves Camus. Une fin de dynastie, au moins sur le papier.

*Jordan Bardella est le président par intérim depuis septembre 2021.





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