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Après 35 ans de mystère, le meurtrier présumé jugé à Toulouse

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Pas d’analyse ADN, tout juste des comparaisons de groupes sanguins, encore moins de relevés téléphoniques ou de rapport d’autopsie. Ce vendredi, la Cour d’assises de la Haute-Garonne va remonter le temps et le fil d’une enquête à l’ancienne pour écrire l’épilogue d’un cold case vieux de 35 ans et du meurtre sans cadavre de Martine Escadeillas. La secrétaire de 24 ans a disparu de son domicile de Ramonville, dans la banlieue de Toulouse, au matin du 8 décembre 1986. Elle venait de déposer son petit ami à un arrêt de bus et s’apprêtait à se rendre à son travail. Son corps n’a jamais été retrouvé. Mais les traces découvertes sur son palier du troisième étage, dans les escaliers et dans la cave de son immeuble ne laissent pas de doute sur le sort funeste de la jeune fille.

Dans cette affaire hors normes, jamais refermée grâce à la ténacité de Simone, Nicole et Jean, les sœurs et frère de la victime, un ex-petit ami au passé sulfureux, a été inquiété avant de bénéficier d’un non-lieu. Les gendarmes ont même un temps soupçonné le tueur en série Patrice Alègre.

Il demande à sa petite amie d’adopter l’apparence de la disparue

Mais ce vendredi, c’est Joël Bourgeon, un père de famille a priori sans histoire et aujourd’hui âgé de 59 ans, qui sera dans le box des accusés. Interrogé comme témoin neuf jours après la disparition de Martine, cet ami du couple n’a pas été inquiété pendant rois décennies.

C’est une lettre envoyée en 2016 au procureur de la République par une connaissance de la famille qui a relancé l’enquête. Son auteure y confiait ses doutes sur Joël Bourgeon, cet agent d’entretien qui a quitté Toulouse peu après la disparition malgré sa titularisation dans la fonction publique. Les gendarmes ont repris les témoignages de l’époque, procédé à de nouvelles auditions, passé le dossier à la moulinette du logiciel Anacrim et assemblé un nouveau puzzle. Quand un beau matin de 2019, ils ont interpellé le père de famille en Isère, sur son lieu de travail, celui-ci s’est laissé emmener sans montrer de surprise. Il est même passé aux aveux pendant sa garde à vue. Sommairement. Avant de se rétracter dans le bureau du juge d’instruction.

Mais il a eu le temps de faire « preuve d’un certain cynisme sur l’endroit où il avait pu cacher le corps », relève Frédéric David, l’avocat de la famille de Martine. Le conseil ne s’attarde pas sur les aveux de l’accusé. Il estime que, même sans eux, il existe « un vrai faisceau d’indices graves et concordants contre lui » pour étayer la thèse de l’ami venu déclarer sa flamme ce matin-là et éconduit avant commettre l’irréparable. Il retient notamment le départ inexpliqué de Joël Bourgeon de Toulouse vers la région lyonnaise, pour rejoindre un amour de vacances.

La jeune fille, d’à peine 16 ans à l’époque, et sa mère ont témoigné de leur surprise de le voir s’installer chez elles. « Il a aussi demandé à la jeune fille de se coiffer, de s’habiller et de se faire les ongles comme Martine », souligne Frédéric David. Sans compter sa parfaite connaissance des lieux du crime. L’avocat attend aussi le témoignage à l’audience de la voisine du 4e étage. Elle a aperçu dans l’escalier le dos d’un homme dégarni, aux prises avec la victime, et selon elle plutôt quinquagénaire. Or, Joël Bourgeon avait 24 ans au moment des faits. « Mais deux reconstitutions, dont une récente, montrent que la voisine n’a rien pu voir », assène l’avocat.

« Une enquête mal ficelée » pour la défense

Et décidément ce témoignage est très attendu. « Soit il est fiable et ne correspond pas à mon client, soit il ne l’est pas est dans ce cas je rappelle qu’il a servi à écarter d’autres suspects », invoque Eric Mouton pour la défense. Ce dernier veut mettre à jour « la réalité d’une enquête mal ficelée » durant laquelle, en autres, « les scellés ont disparu » et qui n’est étayée par « aucun élément objectif ou concret ». « C’est la méthode qui me dérange, les gendarmes sont allés tout droit sur Joël Bourgeon, reprenant les éléments qui collaient avec lui, alors qu’ils auraient dû reprendre l’enquête de zéro ».

Eric Mouton décrit un homme « usé » par trois ans et demi de détention provisoire. Face à lui vendredi, et pour une longue semaine, il y aura la famille Escadeillas, minée par 35 ans de douloureuses interrogations. Et dont l’idée fixe est de « donner une sépulture » à Martine.



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