Home La Une « Beaucoup de régimes ont commencé pendant le confinement et se sont soldés par de l’anorexie mentale »

« Beaucoup de régimes ont commencé pendant le confinement et se sont soldés par de l’anorexie mentale »

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« Les troubles des conduites alimentaires (TCA) : une nouvelle épidémie ? » C’est la question abordée ce lundi à partir de 18 heures à la librairie Mollat, lors d’une soirée ouverte au public. Le docteur Jean François Viaud, responsable de l’unité des troubles du comportement alimentaire au CHU de Bordeaux, qui animera cette rencontre, a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes.

Avez-vous ressenti sur l’activité de votre unité, le centre Abadie, les conséquences du confinement ?

La suite du printemps 2020 s’est fait sentir très clairement, six mois après. La maladie (TCA) est relativement apparente au bout de trois mois, les parents commencent à s’inquiéter et on voit arriver les malades au bout de six mois, le temps que la situation se médicalise. On a eu des demandes très accrues de consultations, à ce moment-là.

Les jeunes qu’on voyait alors nous racontaient qu’ils avaient commencé à faire un régime pendant le confinement. Ils faisaient part de leur inquiétude de prendre du poids du fait du confinement, de l’inactivité que ça représentait. Il y a beaucoup de régimes qui ont commencé à ce moment-là, et qui se sont soldés par l’installation dans l’anorexie mentale.

Y a-t-il eu également un besoin accru en hospitalisations ?

Oui, mais le problème est que nous disposons de peu de lits spécialisés et qu’on ne peut malheureusement pas assurer les soins les plus adéquats à tous les patients qui le mériteraient. Au centre Abadie, nous disposons de huit lits pour des adolescents, surtout des adolescentes, âgés de 14 à 20 ans. C’est le seul service en Gironde qui soit spécifique. Au total, on peut compter sur onze à douze lits sur le département. Une quinzaine de lits supplémentaires devait ouvrir, mais cela n’a pas encore eu lieu à cause d’un problème de recrutement de personnels.

Peut-on dire que l’anorexie est le trouble le plus sérieux des TCA ?

Tout peut être grave. L’anorexie est grave du fait de l’amaigrissement et des risques qu’il fait encourir. Mais la boulimie, même si le poids peut rester normal, peut conduire à une complication très grave, en particulier si elle est accompagnée de beaucoup de vomissements. Cela peut provoquer des troubles ioniques au niveau du sang et notamment une baisse du potassium. Celle-ci peut conduire à des arrêts cardiaques.

Il faut aussi penser aux complications psychologiques : que ce soit la boulimie avec vomissements ou l’hyperphagie sans vomissements, c’est aussi une perte de contrôle ressentie très douloureusement par la personne. Cela peut conduire à des tentatives de suicide, assez fréquentes dans ce type de pathologies.

Le dépistage de ces troubles semble compliqué, notamment parce que les victimes peuvent être dans le déni de leur maladie ?

Oui, et les proches eux-mêmes peuvent être entraînés dans ce déni. Nous n’avons pas de difficulté à poser le diagnostic médical, même s’il y a des formes typiques et d’autres plus rares. Par contre, ce qui est difficile pour le malade, c’est d’arriver jusqu’aux soins, cela prend en moyenne six mois. Ce sont des maladies longues à guérir qui peuvent nécessiter une ou des hospitalisations et un suivi long. L’anorexie mentale, lorsqu’elle est prise en charge en milieu spécialisé, représente trois à quatre ans de suivi.

Mais sait-on guérir l’anorexie mentale ?

Oui, on le sait, mais c’est dans l’essence même de cette maladie d’être résistante aux soins qui sont donnés. Ce qui sous-tend le plus cette maladie, ce sont les peurs et les angoisses extrêmement fortes que cela suscite de prendre du poids. Evidemment, toute reprise pondérale est extrêmement difficile à supporter et en même temps ce n’est qu’en reprenant du poids qu’il est possible d’apaiser ses angoisses. Il faut une équipe pluridisciplinaire aux côtés des patients pour la question somatique mais aussi des psychiatres, des psychologues, des diététiciens etc. On guérit de cette maladie mais cela peut être très long. Par contre plus elle dure dans le temps, plus on sent que c’est difficile de s’en sortir. Si, au bout de dix ans, on n’est pas guéri, on a 5 % de risques d’en mourir. Heureusement, ce ne sont pas les situations les plus courantes.

Quel est l’intérêt de ce genre de soirée, du point de vue de la communication au grand public ?

Ce sont des troubles mal connus, même si on en parle de plus en plus, dans les médias et aussi grâce à des associations comme la fédération française d’anorexie et de boulimie (FFAB). Le grand public se représente mal ce que c’est, ce qui peut créer du rejet ou de l’incompréhension. On entend souvent : « il faut qu’elle mange ! » Oui, mais ça ne suffit pas. Manger c’est justement ce qui est impossible à cause de peurs très fortes, ce n’est pas un caprice.



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