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Ces francs-tireurs qui agacent dans la majorité

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Il y en a eu un, puis deux, puis trois… En fait, à cette heure, cinq députés de la majorité ont publiquement indiqué qu’en l’état, ils ne pouvaient pas voter le projet de réforme des retraites. Ce sont d’abord des députés de l’aile gauche : Patrick Vignal, venu du PS, bien connu pour sa liberté de ton ; Barbara Pompili, ministre il y a encore un an, élue avec l’étiquette EELV en 2012, qui amène avec elle les trois voix de son micro parti En Commun, associé à la majorité. Plus surprenant, Yannick Favennec, député Horizon de la Mayenne, dont le chef, Edouard Philippe, projette une retraite à 67 ans, a aussi dit son opposition à ce stade.

Ce n’est pas vraiment sur cette réforme qu’on imaginait la majorité avoir quelques difficultés. De prime abord, quand on les interroge sur le sujet, c’est « circulez, y’a rien à voir ». « Non, il n’y a pas de mauvaise ambiance, assure Pieyre-Alexandre Anglade, député Renaissance (RE) des Français de l’étranger. Les uns et les autres ont conscience de l’importance de la réforme des retraites. Elle doit être adoptée le plus largement possible ». « A chaque proposition, de grâce, n’y voyez pas une remise en cause du texte », corrige, tout en euphémisme, Gilles Le Gendre, député RE de Paris.

Solidaires dans l’impopularité

Il ne faut pourtant pas gratter bien longtemps pour sentir au moins un léger agacement. « Franchement, on a tous des interrogations sur un texte si difficile, reconnaît le député MoDem breton Erwan Balanant. On croise tous des citoyens qui sont inquiets. Mais ce n’est pas le moment de trembler. » Patrick Vignal, député « grande gueule » de l’Hérault, comme il se qualifie lui-même, n’a pas vraiment l’air de trembler pourtant. « Je me distingue, mais pas de manière agressive. Il vaut mieux que ce soit quelqu’un de la majorité qui tire la sonnette d’alarme », avance-t-il. Et il persiste : « Je suis en colère, car je me demande pourquoi on est toujours en décalage avec la société, on traite les choses de manière comptable ! On ne voit pas que la société a changé ! » Il assure avoir envoyé une note de plusieurs pages sur la réforme écrite avec des citoyens de sa circonscription à Elisabeth Borne.

« Il y a quand même une question de cohérence, c’est pas les super-dividendes ou la corrida là, on est sur la réforme la plus importante du quinquennat ! », s’insurge un député macroniste pur sucre. Patrick Vignal est droit dans ses botes : « Je sais très bien que j’ai été élu parce que j’avais la tête d’Emmanuel Macron sur mes affiches. Et si je devais in fine voter contre, je quitterai la majorité. » Le député macronite qui veut rester anonyme voit dans l’initiative des quelques francs-tireurs une envie sincère de faire bouger le texte… Mais aussi une envie d’exister médiatiquement. Voire, de se protéger : « C’est une réforme impopulaire, on doit partager cette charge de l’impopularité. On fait tous l’effort, c’est facile pour personne de défendre cette réforme, on est tous interpellés dans nos circonscriptions. »

Brouillage

« Qu’ils aient des désaccords c’est une chose, mais enfin ça aurait été mieux d’en parler en interne avant d’aller voit la presse », remarque un cadre de Renaissance. Mardi matin, précisément, c’était l’heure des retrouvailles à la réunion de groupe. « Je vais mettre un gilet pare-balles ! », ironisait Patrick Vignal. On jure que tout s’est bien passé, et que les députés francs-tireurs ont pu « s’exprimer librement et sans causer d’agacement ». On s’attache globalement à minimiser, « c’est résiduel », dit même Pieyre-Alexandre Anglade. Certes, la présence de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique jusqu’en mai, a fait un peu plus couiner en hauts lieux. Mais personne ne doute vraiment qu’ils finiront par voter la réforme.

Tout cela brouille surtout la communication gouvernementale, sans grands accrocs jusque-là. Comme avec le MoDem et son amendement pour faire passer la durée hebdomadaire du temps de travail à 35 heures et demie, afin de collecter plus de cotisations retraites. A peine émise, l’idée a reçu un sévère stop du gouvernement. « Je veux bien entendre les suggestions de certains collègues mais nous devons rester focus », appelle Prisca Thévenot, députée RE. « De toute façon, la stratégie du MoDem, c’est le cas de côté en permanence. Je ne pense pas que ce soit la bonne chose à faire, mais au moins ils sont constants… », persifle le député macroniste qui veut rester discret.

« On est un peu au-dessus de tout », explique, philosophe, une source gouvernementale. « C’est sûr que ça nous fait toujours un peu patauger sur les plateaux, car on est questionnés là-dessus. On s’en passerai… » Plus problématique est peut-être la « sortie de route », pour reprendre un mot de la même source, du ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, Franck Riester. Lundi soir, il a dû concéder sur Public Sénat que la réforme des retraites était très défavorable aux femmes, comme le dit l’étude d’impact du gouvernement. « Le problème c’est que factuellement, il n’a pas tout à fait tort, poursuit la source gouvernementale. Du coup, ce n’est pas vraiment agaçant, mais embarrassant. » Là, est peut-être le véritable premier accroc des macronistes sur la réforme des retraites.



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