Home Politique Elisabeth Borne n’a « pas esquissé le moindre compromis », juge le socialiste Boris Vallaud

Elisabeth Borne n’a « pas esquissé le moindre compromis », juge le socialiste Boris Vallaud

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Intergroupes, motion de censure, proposition de loi d’Urgence sociale pour faire face à l’inflation… La Nouvelle Union populaire écologique et sociale veut occuper un maximum la scène des oppositions en ce début de législature minoritaire. Au milieu de cette coalition de gauche, quelle place pour le PS, qui doit à la Nupes d’avoir gagné quelques sièges aux dernières législatives ? 20 Minutes a posé la question à Boris Vallaud, député des Landes et nouveau président du groupe socialiste. Solidaire de la Nupes, il prévient qu’elle doit comprendre les raisons de sa défaite. Il propose aussi une réforme du travail parlementaire.

Lors de son discours de politique générale mercredi, Elisabeth Borne a beaucoup parlé de compromis. Mais a-t-elle donné des gages sur le fond ?

J’ai eu le sentiment que la Première ministre disait « on va faire des compromis, mais sur nos bases ». Tout en déroulant le programme du président de la République jusqu’à la réforme des retraites, sans tirer la moindre conclusion du désaveu électoral. Elle n’a elle-même pas esquissé le moindre compromis, ni dit à quoi elle était prête à renoncer. Le programme d’Emmanuel Macron n’est pas le nôtre, c’est un fait et nous avons des propositions à formuler, mais est-elle prête à les entendre ? C’est-à-dire aussi à faire des accords sur la base de propositions qui ne sont pas celles du gouvernement ?

Vous avez déposé une motion de censure commune à la Nupes, que vous nommez « motion de défiance ». Institutionnellement, ça ne change rien, quelle est la nuance ?

Nous parlons d’une « motion de défiance » en miroir inversé à la question de confiance que la Première ministre a refusé de poser. Le Parlement, qui trouve après ces élections une centralité nouvelle, n’a pas pu donner son avis, et l’absence de vote ne peut valoir soutien implicite. Cette motion de défiance est l’occasion de clarifier les choses. Le pouvoir, d’une certaine manière, a glissé du palais de l’Élysée au Palais Bourbon.

Cette motion ne donne-t-elle pas l’impression d’une opposition de principe ?

Je ne crois pas. La motion de défiance n’est en aucun cas le refus du travail parlementaire. Au contraire, le « parlementarisme de fait » issu des urnes peut donner au Parlement un rôle qu’il n’a pas eu depuis longtemps. Nous sommes dans un dialogue institutionnel avec le gouvernement, mais aussi avec les autres groupes de l’Assemblée. Nous sommes plus que jamais le législateur et le gouvernement, de ce fait, plus que d’habitude l’exécutif.

Vous avez fait des propositions de réforme du travail parlementaire, dont un retour du contrôle de l’ordre du jour à la conférence des présidents de l’Assemblée. Cela touche au primat de l’exécutif de nos institutions… Comment le gouvernement, qui doit déjà faire face à une Assemblée où il n’est pas majoritaire, pourrait-il accepter de se dépouiller de ce privilège ?

Je lui suggère de partager le pouvoir pour l’exercer, de prendre en compte cet équilibre institutionnel nouveau. De ne pas frustrer le Parlement… Ni les électeurs qui l’ont voulu ainsi. Le gouvernement peut inscrire à son ordre du jour des textes venant du Parlement : je suggère qu’il le fasse plus systématiquement, y compris avec des propositions de loi de l’opposition. A nous et aux autres groupes de l’opposition de convaincre et de défendre les textes ensuite. Et puis, si cela nous conduit à moins légiférer, ça ne sera peut-être pas tout à fait un mal.

Le pouvoir d’achat sera le morceau de choix de ce début de législature. Un des pas fait mercredi par Elisabeth Borne concerne la déconjugalisation de l’Allocation adulte handicapé. L’insoumis Manuel Bompard a dit qu’il ne dirait pas non à un chèque même s’il trouve que c’est insuffisant… Cela veut-il dire qu’un terrain d’entente est possible ?

Sur l’AAH, c’est une bonne nouvelle ! Si elle va dans ce sens, Elisabeth Borne pourra compter sur notre soutien. C’était notre combat depuis cinq ans, le gouvernement n’en voulait pas. Sur le reste, je réserve mon vote à la discussion. La vie des Français est très difficile. Elle l’est d’ordinaire parce que beaucoup de Français n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois : 20 % vivent à découvert, 10 millions vivent sous le seuil de pauvreté, c’est considérable. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup de gens qui ont un travail et qui n’en vivent pas. Mais notre philosophie n’est pas de verser des chèques ou des primes qui ne créent pas de droits sociaux. Tant mieux pour ceux qui les touchent. Mais nous voulons que le travail paye, et donc que chacun puisse vivre dignement de son salaire et financer les retraites, voilà pourquoi parmi nos propositions, entre autres, il y a l’augmentation du SMIC.

Si la suppression de la redevance audiovisuelle figure dans le projet du gouvernement, cela serait-il une ligne rouge qui rendrait impossible le vote de ce texte ?

Nous ferons une contre-proposition, parce que nous voulons que le service public audiovisuel ait les moyens de ses missions, qui sont d’intérêt général, et nous sommes attachés à l’indépendance des rédactions de l’audiovisuel public. Pour cela, il faut des ressources indépendantes. Nous ferons donc des propositions, le groupe socialiste au Sénat travaille dessus depuis longtemps.

Les groupes de la Nupes ont présenté un contreprojet « Urgence sociale », qui était dans le programme partagé de la Nupes…

Et dont beaucoup de propositions étaient aussi dans le programme du Parti socialiste 

Votre proposition de loi comporte de nombreuses mesures généreuses, mais est-elle vraiment finançable ? Il y a cette fameuse taxe sur les superprofits des plus grosses entreprises… Est-ce réaliste ?

On se pose toujours la question de la dépense publique et assez peu de la recette publique. Oui, c’est finançable. Vous évoquez la taxe sur les surprofits, de nombreux pays d’Europe l’ont déjà mise en place. Par ailleurs, il nous faut travailler plus largement sur la justice fiscale. Quelques exemples : je considère que les classes moyennes payent les impôts des hyper riches qui n’en payent pas suffisamment, en particulier depuis la suppression de l’ISF et l’instauration de la flat tax. Le capital est moins taxé que le travail. Il faut par ailleurs améliorer la progressivité de l’impôt sur le revenu, le taux d’effort des plus riches est inférieur à celui de la première tranche. De la même manière, les PME payent les impôts des multinationales qui ne les payent pas. Ces dernières consolident 40 % de leurs résultats dans des paradis fiscaux : il manque 20 % des recettes de l’impôt sur les sociétés à tous les pays de l’Union européenne. Des dizaines de milliards d’euros chaque année !

Dernier exemple : la réforme du droit des successions. France Stratégie explique qu’il va y avoir des patrimoines de plus en plus importants qui vont se concentrer entre des mains de moins en moins nombreuses. Nous avons besoin d’organiser la redistribution avec une réforme de taxation des très hautes successions. Qu’on puisse transmettre le fruit d’une vie de travail à ces enfants, qui a d’ailleurs d’abord été taxé au titre de l’impôt sur le revenu, c’est parfaitement normal. Quand la rente se grossit de la rente, il y a un problème.

C’est une immense réforme fiscale que vous proposez là. Est-ce qu’il y a une majorité pour ça dans l’Assemblée ?

Je ne désespère jamais de convaincre, c’est ça, le travail parlementaire.

Avec les autres groupes de gauche, vous formez l’intergroupe de la Nupes. Comment se passe le travail avec vos collègues ?

Bien. C’est une instance de coordination et donc on apprend à coordonner notre travail. Il y a des choses que nous faisons ensemble, d’autres que les groupes feront indépendamment les uns des autres… 

On a pu avoir l’impression que sur la motion de censure, par exemple, les insoumis ont pu un peu tordre le bras aux autres groupes de gauche…

Ce que je retiens, c’est qu’on a une motion de défiance commune, écrite et déposée ensemble.

Vous êtes à la tête du groupe socialiste, avez-vous un groupe uni ? On sait que certains sont plutôt « Nupes-sceptiques »…

Nous sommes un groupe uni parce qu’on a envie de bosser, parce qu’on sait pour qui on se bat. Ces vies difficiles que j’évoquais, on les voit dans nos territoires. On est uni parce qu’on est à la fois dans un rassemblement de la gauche, mais qu’on y est comme socialistes. Et personne ne nous a demandé de ne plus l’être. Il y a la moitié du groupe qui a été renouvelée, il y a plein de jeunes enthousiastes qui ont envie de faire des choses, il y a de l’expérience, de la compétence… Ça fait plutôt un bon groupe. 

L’outil Nupes a encore son utilité, a-t-il prouvé sa pertinence ?

Je le crois. Déjà, avant l’accord, les gens me disaient : « Quand est-ce que vous vous entendez ? ». La Nupes a suscité un grand espoir à gauche. C’est quelque chose à cultiver. Il y a plein de sujets orphelins sur lesquels il faut continuer de travailler, et on le fera avec ce que l’on est, notre culture, notre histoire, notre imagination, notre détermination. Je suis dans un cadre collectif et président d’un groupe qui veut et va exister. Je considère que l’histoire est toujours devant nous. Nous nous sommes entendus mais je constate qu’on n’a pas gagné les élections, donc ça veut dire qu’il faut travailler. Qu’est-ce qu’on doit faire mieux ? Chez moi, dans les Landes, le Rassemblement national a doublé son score par rapport à 2017. La question du décrochage économique et social des classes populaires rurales, c’est un sujet sur lequel on doit continuer à bosser. Je suis d’accord avec ce que dit François Ruffin sur le sujet, j’avais eu le même sentiment dans ma campagne, je lui ai dit.



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