Home Politique Enfant des quartiers nord, de taxi à SDF, le député Nupes Sébastien Delogu « est un hybride »

Enfant des quartiers nord, de taxi à SDF, le député Nupes Sébastien Delogu « est un hybride »

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21 juin 2022, peu après 13 heures, dans les jardins du palais Bourbon. Les députés de la Nupes viennent de faire leur entrée à l’ Assemblée nationale et Sébastien Delogo, élu des quartiers nord de Marseille fond en larmes dans les bras de Jean-Luc Mélenchon à mesure que le leader de La France insoumise lui passe l’écharpe tricolore. L’émotion, les souvenirs de toutes ses années de luttes, son devenir ou le vertige d’enfiler un costume que rien ne le prédisposait à revêtir et d’une vie qui change à jamais. Les sentiments sont mêlés, et visiblement trop forts pour l’enfant de Consolat, un quartier défavorisé de Marseille, aujourd’hui âgé de 35 ans.

« Je suis quelqu’un qui pleure souvent », confie à 20 Minutes Sébastien Delogu. Comme en 2012, lorsque devant le juge il se retrouve expulsé de son logement dont le bail était au nom de sa mère. Dans la foulée, il s’investit dans le syndicat de la Confédération nationale du logement. « La misère du monde, je l’ai connu, et la vois autour de moi ». En parlant de misère, Sébastien sait de quoi il en retourne, lui, qui à la rue dormait dans sa voiture il y a encore 10 mois de ça. « J’ai connu un calvaire monumental, et maintenant, c’est fini », élude-t-il, sans s’attarder sur lui. Car de lui seulement, il en a rarement été question dans ses luttes. « Il tenait à être militant sans être payé, à en oublier de chercher du boulot, avec une générosité et une sincérité désintéressée », abonde Lise Maillard, directrice de cabinet de Jean-Luc Mélenchon. On a souvent présenté Sébastien Delogu, ancien taxi, comme le chauffeur personnel de Jean-Luc Mélenchon. « Mais il n’a jamais été payé pour ça », assure la jeune femme. « Je l’ai fait comme militant parce qu’il fallait quelqu’un pour le conduire dans Marseille, et ça moi je sais faire », explique le nouveau député. Surtout, ces heures de discussions le forment et l’affûtent politiquement, lui qui a commencé à travailler à 18 ans.

Des nuits à refaire le monde en attendant le client

C’est comme chauffeur de taxi, la même profession que son père, que son entrée dans le monde politique se fait. Sofiane, connaissance d’enfance et chauffeur de taxi à Marseille tout comme lui, se souvient « des nuits à refaire le monde en attendant à la station Jean-Ballard », celle du Vieux-Port. Ensemble, ils participent à la mobilisation de 2016 contre l’ubérisation de la profession. « Pas de taxi, pas d’impôt, pas de lits d’hôpitaux », résume Sofiane qui voit en Sébastien « un meneur, toujours dans l’action ». Délégué marseillais dans l’assemblée de Taxi de France, Sébastien Delogu fait la rencontre de Danièle Simonnet, à l’époque coordinatrice de LFI, au cours de celle-ci. Elle l’introduit auprès de Jean-Luc Mélenchon lors de sa campagne législative de 2017 à Marseille. « Ce sont deux personnes diamétralement opposées, mais avec une estime mutuelle et une personnalité authentique », avance Mohamed Bensaada, secrétaire LFI des Bouches-du-Rhône, candidat malheureux aux dernières élections dans la circonscription voisine, remportée par le RN. La route de Sébastien, Mohamed l’a croisé une première fois en 2013, alors que s’organise dans les quartiers populaires « Marseille Capitale de la Rupture », en opposition avec la « Capitale de la Culture » que célébraient les institutions. « Le chemin politique, je l’ai vu le faire. Au début, ses discours portaient sur des constats de vie dans les quartiers et aujourd’hui il arrive à élaborer des solutions », poursuit Mohamed.

« Tout pour la lutte »

Des solutions d’abord en forme d’action coup de poing. Comme en 2018, lorsqu’avec d’autres parents d’élèves, ils décident de repeindre eux-mêmes l’école de leurs enfants. Alors que cette opération très politique tourne sur les journaux télévisés et les journaux du soir, Sébastien regagne sa voiture pour y dormir. Pourtant il n’était pas loin de tout arrêter en 2019-2020. Les élections européennes où se noue une alliance LFI-EELV lui montrent le pire de la politique. Les tractations pour les investitures dont il est finalement écarté, les ego, les luttes d’influences. Rebelote avec les municipales en 2020, où LFI est mis au ban de la coalition de gauche du Printemps Marseillais.

Mais c’est dans la lutte que l’animal se construit et « tout pour la lutte », voilà désormais son mantra, quitte à délaisser la vie de famille. « Il est très fort pour lutter, parce que dans les quartiers, ils n’ont fait ça que toute leur vie », résume Justin de Gonzague, anthropologue-documentariste qui suit Sébastien Delogu, d’abord comme « sujet d’étude » avant de monter des vidéos de ses actions. « C’est un hybride. Je l’ai suivi parce qu’il ne répond pas aux stigmates des quartiers nord, il n’est ni arabe, ni musulman (Algérien-Espagnol par sa mère, Arménien-Italien par son père), et pourtant il est de là-bas », comprend l’anthropologue. Pour l’aider à intellectualiser ses luttes et développer son imaginaire, Justin le guide sur les chemins de la littérature. La Fabrique du monstre du prix Albert Londres marseillais Philippe Pujol, les romans de Jean-Claude Izzo, autre marseillais, mais aussi un peu de Balzac.

« Jamais entendu parler de lui »

Membre de la commission sociale de l’Assemblée nationale, Sébastien sait le poids qui repose sur ses épaules. « Tu as critiqué parce que les autres ne faisaient pas le boulot et aujourd’hui je suis à leur place. Il faut bosser », conclut-il. Avec cette promesse, celle de lutter encore et toujours contre les injustices : « ils ne vont pas dormir tranquille ». Au moment de conclure ce portrait force est de constater que ses opposants politiques sont difficiles à trouver. Selloum Areski, le candidat RN qui l’a affronté au second tour, témoigne n’avoir jusqu’alors « jamais entendu parler de lui ». Saïd Ahamada, le député LREM sortant et battu au premier tour dans cette 7e circonscription de Marseille, n’a lui pas souhaité s’exprimer.



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