Home Politique « Hors coûts du fret, les produits vendus en outre-mer le seront au prix métropole », promet Jean-François Carenco

« Hors coûts du fret, les produits vendus en outre-mer le seront au prix métropole », promet Jean-François Carenco

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Un vrai ministre de terrain. Depuis sa nomination en tant que ministre délégué chargé des Outre-mer, le 4 juillet, Jean-François Carenco a parcouru les trois bassins océaniques. Juste après son retour de Nouvelle-Calédonie, et avant un nouveau déplacement, en Guyane, il a accordé une longue entrevue à 20 Minutes, à la veille de la deuxième édition des assises économiques des outre-mer. Il n’en fallait pas moins, tant les outre-mer regorgent de richesses, mais aussi de difficultés.

Nous sommes à la veille des fêtes de fin d’année et des retrouvailles en famille. Des Ultramarins dénoncent la hausse des prix des billets d’avion (de l’ordre de 16,7 % entre l’Hexagone et les outre-mer depuis le début de l’année, selon le dernier indice publié en septembre par la Direction générale de l’aviation civile) pour rentrer dans leurs territoires. Certains plaident pour un bouclier tarifaire ou un tarif résident, comme pour la Corse. Le ministère et le gouvernement vont-ils engager des discussions avec les compagnies aériennes ?

Comme sur l’ensemble des destinations, les difficultés sur la desserte aérienne des territoires ultramarins sont fortes. Comme vous, j’ai constaté une augmentation des billets d’avion. J’ai demandé à mon collègue Clément Beaune, ministre chargé des Transports, de mesurer l’intensité de cette hausse par territoire. Cela permettra de contrôler si les réponses actuelles sont toujours adaptées aux besoins et, le cas échéant, d’envisager des aménagements ou des mesures complémentaires.

Pour l’achat des billets d’avion, des dispositifs de soutien de l’État sont mis en place avec Ladom, l’établissement public d’aide à la continuité territoriale. L’État prend à sa charge une partie du prix du billet des Ultramarins éligibles (étudiants, professionnels en formation…). Ces montants ont été revalorisés en 2021 et sont fixés par territoire.Son budget va progresser de 8 millions d’euros.

Mais il ne faut pas oublier que, derrière l’effort sur les billets d’avion, il y a aussi tout le travail réalisé pour sauver des compagnies aériennes ultramarines qui sont en grande difficulté. Prenez Air Austral. L’État avec des investisseurs réunionnais et le conseil régional a établi un plan de redressement de la compagnie. Si nous aidons les actionnaires d’Air Austral à conduire sa restructuration, il faut qu’elle nous aide sur les prix. Je compte faire de même auprès d’Air France, dont je vais rencontrer la directrice avant la mi-décembre. Nous avons aussi des difficultés avec Corsair et Air Guyane. Il y a enfin le sujet de l’aide au fret, dont les fonds ne sont pas entièrement dépensés. C’est une procédure très compliquée entre l’État et les régions. J’ai donc décidé de revoir cette politique au profit des entreprises. J’espère aussi que le prix du kérosène baissera.

L’État a annoncé le 22 novembre qu’il débloquerait une enveloppe de 10 millions d’euros pour l’aide alimentaire aux étudiants, et une réforme des bourses est actuellement discutée dans le cadre de la concertation sur la vie étudiante. Dans ces domaines, une attention particulière sera-t-elle portée aux étudiants ultramarins, qui ont été fortement impactés par la crise sanitaire et les restrictions de déplacement qui en ont découlé ?

Ces dix millions représentent l’équivalent de 300.000 colis alimentaires. Elle concernera bien sûr les étudiants de « l’archipel France et de la Guyane ». Le système de bourses a déjà connu des améliorations récentes [attribution de points de charge supplémentaires pour faciliter l’accès aux bourses des étudiants ultramarins], la situation des étudiants ultramarins est aussi abordée lors de ces concertations. De même, la concertation territoriale sera bien sûr organisée dans les académies d’outre-mer. Je suivrai de près les résultats de ces concertations et nous serons au rendez-vous pour les suites à donner. 

Avez-vous prévu d’accompagner le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin, à Mayotte pour le Nouvel An, afin de faire le point sur la situation ?

Non. Moi, je vais en Guyane. Lui va à Mayotte. À deux, on démultiplie l’action de l’État dans les outre-mer. 

Restons malgré tout à Mayotte, où le taux de chômage (30 %) est le plus important de France…

Oui, mais c’est celui qui baisse aussi le plus en France [selon l’Insee, un point culminant de 35 % a été atteint au 2e trimestre 2018]. C’est bien pour cela que j’en fais une priorité politique ! À Mayotte, Gérald Darmanin a pris à bras-le-corps les sujets de sécurité et d’immigration, avec des focus sur les moyens et la réglementation.

Mais j’aimerais que, à côté de cela, on parle de ce qui est en train d’être fait à Mayotte, comme la construction de l’hôpital, le plan de rénovation des bâtiments scolaires et du potentiel de ce département, notamment en matière touristique, en création d’entreprise, en innovation…

Lors de la réunion des élus d’outre-mer, lundi 21 novembre, en amont du 104e Congrès des maires de France, vous avez dit « faire du logement une priorité personnelle ». Selon la Cour des comptes, 80 % de la population ultramarine est éligible à un logement social. Or, seulement 15 % des ménages des Drom en bénéficient…

Je le redis, c’est bien une priorité. Le sujet du logement ultramarin fait partie des thèmes sur lesquels nous avons échangé avec les élus lors de la réunion de travail organisée par Emmanuel Macron, le 7 septembre, à l’Elysée. Il y a un vrai problème de foncier, car une île est par nature un territoire limité. Il est encore plus limité du fait du dérèglement climatique et des problèmes de submersion des littoraux, mais aussi du fait des règles de préservation de la biodiversité. Et c’est normal, on ne peut pas construire n’importe où. J’ai organisé récemment la conférence des bailleurs sociaux d’outre-mer, où j’ai pu recueillir les irritants et points de blocage sur des thèmes prioritaires : libérer du foncier aménagé, simplifier l’acte de construire, maitriser les coûts de construction et disposer d’offres de logements adaptées face aux défis du vieillissement, du changement climatique.

Le BQP (bouclier qualité prix) est, depuis 2012 et la loi « Lurel », une sélection de produits (concernant l’hygiène et l’alimentaire, principalement) dont le prix est fixé chaque année par arrêté préfectoral. Il permettrait, selon les territoires, une baisse du prix de 20 % du prix du panier de courses. Peu après votre nomination, vous envisagiez de l’étendre à 5 % des produits de consommation courante, y compris des services comme les abonnements téléphoniques et Internet, et en revoir le prix. Où en êtes-vous aujourd’hui ? 

Le nouveau BQP [le BQP+] sera présenté le 8 décembre et sera nettement plus intéressant pour le consommateur. Pour tous les territoires, le nombre de produits qui constituent le panier va augmenter. Il va aussi être élargi à d’autres domaines que l’alimentaire, comme la téléphonie, le bricolage, l’automobile. Surtout, de grands distributeurs vont s’engager à ce que les produits vendus à destination de l’outre-mer le soient au même prix que celui de la métropole [hors coût du fret].

Des plages qui disparaissent notamment à Wallis-et-Futuna, les sargasses aux Antilles, la forêt équatoriale en Guyane, des espèces (faune et flore) menacées… La biodiversité exceptionnelle des Outre-mer est en danger. Comment le gouvernement va-t-il accompagner ses territoires face aux défis du changement climatiques ?

La perception des outre-mer doit évoluer. Elle ne peut plus se résumer à celle de territoires éloignés, sujets aux crises sociales et climatiques, ancrés dans le sous-développement. En réalité, les territoires ultramarins sont en avance sur leur temps, car, par leur géographie et leur histoire, ils sont aux croisements des plus grands enjeux de la planète, qu’ils soient démographiques, environnementaux, sanitaires, agricoles ou économiques. Les outre-mer disposent d’une expérience, de savoir-faire et d’atouts considérables pour construire et promouvoir des réponses innovantes à ces défis. Les outre-mer seront pleinement intégrés à la préparation du grand sommet de l’ONU sur les Océans que la France veut accueillir en 2025, pour faire valoir ces expériences uniques.

Mais parlons de la contribution considérable de la France océanique [les outre-mer], en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Annoncé par le président de la République lors de son déplacement de juillet 2021, la Polynésie a reçu, par exemple, le fonds pour la transition énergétique, une dotation importante sur 4 ans, à hauteur de 60 millions de l’État, pour accélérer la décarbonation de la production d’énergie.

Enfin, nous sommes en train de nous organiser pour dresser un état des lieux des dégâts que subissent déjà les outre-mer. L’élévation du niveau des mers nous conduit déjà à Saint-Pierre-et-Miquelon à préparer le déplacement du village de Miquelon soumis à des risques forts de submersion. 

En ce qui concerne le dossier chlordécone, comprenez-vous que la colère gronde après l’annonce d’un possible non-lieu dans l’enquête sur l’empoisonnement aux Antilles, en raison, en partie, de la prescription des faits ? Cette éventualité avait déjà suscité indignation et colère aux Antilles, notamment en Martinique où 5.000 à 15.000 personnes avaient défilé dans les rues de Fort-de-France fin février 2021. Un mouvement est d’ores et déjà annoncé le 10 décembre, à la veille des rencontres chlordécone, par le collectif Lyannaj Pou Dépolyé Matinik.

Un membre du gouvernement ne commente pas les décisions de justice. Il les respecte. Et j’appelle chacun à les respecter. 

Je peux dire néanmoins que, sous l’impulsion initiale du président de la République, qui a reconnu solennellement, et pour la première fois, que l’État prendrait sa part de responsabilité dans le scandale environnemental du chlordécone, des avancées fortes ont eu lieu. Comme la reconnaissance du cancer de la prostate en maladie professionnelle. Même s’il reste encore beaucoup à faire, le premier bilan annuel du plan publié le 4 novembre, montre des avancées, telles que le déploiement du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides, la mise en œuvre pour tous d’analyses gratuites de chlordécone dans le sang et des dispositifs d’accompagnement pour identifier et réduire les sources d’expositions. Tout comme la mise en place d’analyses de sols gratuites pour les agriculteurs et les particuliers. 

Dernière question : quelle est, aujourd’hui, votre priorité ? 

Créer de la valeur, développer les entreprises, autrement les jeunes n’auront pas d’avenir. S’ils n’ont pas d’avenir, soit ils deviennent délinquants, soit ils partent, soit ils sont chômeurs à vie, ce qui est juste impensable. Nous devons donner à notre jeunesse des outre-mer l’opportunité d’être formée avec dignité, pour qu’elle développe ses territoires avec fierté.



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