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« La grande victoire de la lutte armée algérienne a ébranlé l’empire colonial français »

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AA / Alger / Aksil Ouali

Ancien combattant de l’armée de libération nationale (ALN) qui a libéré l’Algérie du joug colonial, Abdelmadjid Azzi, a bien voulu répondre aux questions de l’Agence Anadolu (AA) à l’occasion du soixantenaire de l’indépendance de l’Algérie.

Né le 20 septembre 1937 à Akbou, dans la wilaya (province) de Béjaïa (300 km à l’est d’Alger), Abdelmadjid Azzi rejoint la guerre de libération vers la fin de l’année 1956, alors qu’il n’avait que 19 ans.

Il est blessé et fait prisonnier en 1959 pendant l’opération « Jumelles » et il passe une partie de sa captivité à Landau, en Allemagne.

A sa libération, il rejoint à nouveau le Front de libération nationale (FLN) à quelques mois de l’indépendance.

Auteur, en 2010, d’un livre intitulé, « Parcours d’un combattant de l’ALN (wilaya III, Kabylie) », Abdelmadjid Azzi nous raconte le contexte de l’époque et les conditions dans lesquelles il a rejoint la lutte armée.

AA : L’Algérie célèbre, le 05 juillet 2022, le soixantenaire de son indépendance. Que représente pour vous, en tant qu’acteur de la révolution, cette date ?

Abdelmadjid Azzi : Cette date représente pour moi l’aboutissement d’une longue et difficile lutte populaire, menée contre le colonialisme pour arracher notre indépendance nationale.

Les sacrifices consentis pour y parvenir sont immenses, mais le courage, la persévérance et la volonté inébranlable dont a fait preuve le peuple algérien, ont eu raison du système socio-politique de l’apartheid, instauré depuis 1830.

C’est le coup de grâce à la société coloniale. C’est la grande victoire de la lutte armée qui a aussi, et surtout, par ses répercussions, définitivement ébranlé l’empire colonial et inauguré son effondrement.

– De nombreux historiens et acteurs ont écrit sur la guerre de libération. Cette dernière était-elle seulement intervenue après l’échec, comme on dit, de « l’action politique » ou était-elle un cheminement obligatoire ?

– La guerre de libération a, certes, été déclenchée le 1er novembre 1954 par des hommes qui ne pouvaient plus se contenter de l’action politique stérile. Mais la résistance opiniâtre du peuple algérien, intervenue sous toutes ses formes, n’a jamais cessé depuis 1830. Et cela en dépit des mesures d’oppression, notamment celles contenues dans le code de l’indigénat. De toute évidence, l’histoire retiendra que la révolution algérienne, dans laquelle s’est engagé pleinement et sans réserve le peuple, avait pour objectif majeur l’indépendance nationale et la liberté, en mettant fin à la colonisation et son lot de répression féroce, d’avilissement, d’indignité, d’injustice, d’inégalité et de discrimination.

– Vous avez rejoint, très jeune, les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN) au niveau de la wilaya III historique. Pouvez-vous nous rappeler le contexte de l’époque et comment avez-vous décidé de rejoindre la Guerre de libération ?

– Ma décision de rejoindre la lutte armée avait été prise en même temps que la petite poignée de jeunes instruits, qui ont abandonné leurs études, pour participer au combat libérateur.

Mes camarades de classe, dont la plupart n’étaient pas tous fils de colons…

Cependant, même si l’immense majorité de la population pied noir étaient des salariés ou des artisans, il n’en demeure pas moins qu’elle se montrait solidaire en faisant corps avec les colons, notamment lorsqu’il s’agissait de s’opposer aux revendications des « indigènes ».

C’est ainsi que l’antagonisme, qui rythmait les rapports entre les deux communautés, s’exacerba davantage du fait que l’une d’elles, qui se prévalait, ouvertement, du statut privilégié de Français d’origine – auquel elle n’avait d’ailleurs jamais voulu renoncer, en se considérant issue d’une race supérieure – nous narguait par sa posture orgueilleuse, arrogante, méprisante et provocatrice, élargissant inexorablement le fossé qui séparait les deux communautés.

C’est ainsi que je réalisais l’impossible cohabitation dans une vie faite quotidiennement d’indignité, d’injustice et de discrimination. Je compris alors que de tels comportements ne pouvaient qu’aiguiser davantage le sentiment patriotique et la volonté d’indépendance, lesquels, au demeurant, gagnent de plus en plus la population.

– Le moudjahid que vous étiez à l’époque a-t-il cru à une victoire sur la puissance coloniale ?

– Il n’y avait aucun doute pour moi. Les combattants ainsi que la population ont lutté et souffert en supportant tout le poids de la guerre face à un ennemi féroce et impitoyable qui, devant notre unité d’action, notre farouche détermination, notre foi inébranlable et l’ampleur du sacrifices consentis, n’ont pas eu d’autres choix que celui d’accepter de s’asseoir à la table de négociation, comprenant enfin qu’on ne gagne jamais une guerre contre un peuple qui défend sa terre et son honneur.

Cet idéal pour lequel avait milité mon père, en adhérant au mouvement national et en s’impliquant dès le déclenchement de la lutte armée, avait bercé mon enfance.

Les autorités coloniales lui ont fait payer très chèrement son engagement en le torturant jusqu’à la mort, après l’avoir fait enlever, pendant une nuit de novembre 1957, par les parachutistes qui avaient pris soin d’encercler notre maison. Son corps, comme celui de milliers d’autres algériens, a disparu jusqu’à aujourd’hui.

– Vous étiez blessé et emprisonné en 1959. Comment avez-vous été traité ?

– Mon arrestation le 12 août 1959, a été le moment le plus effroyable de ma vie.

Elle avait eu lieu pendant que nous étions, le responsable zonal du service de santé et moi-même, dissimulés dans une cache où des armes étaient entreposées.

Elle fut sur dénonciation, par un officier qui s’était rendu à l’ennemi la veille et qui est venu accompagner d’un détachement militaire pour s’emparer des armes.

Blessé et fait prisonnier tandis que mon compagnon a succombé, pendant l’attaque, après avoir reçu des éclats de grenades.

Molesté par des harkis, et ayant subi des tortures morales j’ai, néanmoins, reçu des soins à l’infirmerie.

L’interrogatoire avait été long et pénible. Je n’avais rien à dire si ce n’est que mon travail est de soigner tout le monde y compris les prisonniers français, tout en expliquant que l’officier qui s’était rendu était mon chef.

Pas de violence, car protéger par ma fonction dans le service de santé de l’ALN, mais aussi grâce à l’intervention de l’officier félon, qui ignorait notre présence dans la cache d’armes.

– Ces dernières années, plusieurs voix se sont élevées pour réclamer la reconnaissance officielle par la France des crimes commis par le colonialisme. Cette demande est-elle nécessaire surtout que le pays a arraché son indépendance grâce aux sacrifices de ses enfants ?

– Après la défaite de l’Allemagne Nazi, la France a obtenu, sans condition, la repentance de ce pays, avec des compensations financières, pour une occupation qui a duré 7 ans.

Aujourd’hui elle accepte de se repentir avec notre pays, qu’elle a occupé (colonisé) par la force, pendant 132 ans, mais en mettant en avant le principe de la réciprocité.

Un principe dont l’Allemagne n’a pas bénéficié et ce n’est pas les victimes civiles des bombardements de villes entières qui ont manqué.

Cela dit, la France d’aujourd’hui doit, sans ce principe, demander pardon et regretter tous les crimes odieux, commis par la France coloniales pendant 132 ans.

Le Président Macron n’a-t-il pas déclaré, le 23 janvier 2020, dans l’avion qui le ramenait de Yad Vashem que « d’un point de vue mémorial… la guerre d’Algérie a, à peu près le même statut que la shoah pour Chirac » ? Il avait en fait repris les propos du Président Chirac.

On ne réclame pas la réciprocité à un peuple qui se bat et qui défend sa terre et sa dignité, contre l’envahisseur.



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