Home La Une L’absence de consignes de vote claires de la majorité a-t-elle joué sur le score du RN ?

L’absence de consignes de vote claires de la majorité a-t-elle joué sur le score du RN ?

by admin
0 comment



Dès dimanche soir, au second tour des législatives, les premières critiques ont fusé du côté de la Nouvelle Union écologique, sociale et populaire (Nupes). L’absence de consignes d’ Ensemble !, l’alliance autour d’Emmanuel Macron, a favorisé l’irruption de 89 députés Rassemblement national à l’Assemblée nationale.

Dans une séquence virale, Marine Tondelier, candidate Nupes dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais face à Marine Le Pen, a exigé que La République en marche (devenue Renaissance) présente ses « excuses » pour « toutes les circonscriptions où leurs candidats ont préféré faire élire des fachos plutôt que des écolos ou des #NUPES ». Dans un tweet, partagé plus de 10.800 fois, un internaute indique « 89 député·es RN. Dans 56 cas sur 61, les candidat·es d’Emmanuel Macron ont refusé de soutenir la NUPES face au RN. On n’oubliera pas. »

FAKE OFF

Pour la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, confrontée sur le sujet des duels RN-Nupes par l’insoumise Clémentine Autain, la position d’Ensemble ! était « très claire ». « On a dit pas une voix au Rassemblement national », a-t-elle déclaré le 19 juin sur le plateau de France 2.

Cette « clarté » ne s’est apparemment pas retrouvée dans le report des voix. En cas de duels Nupes-RN, les électeurs de la coalition présidentielle Ensemble ! se sont abstenus à 72 %, tandis que 16 % ont voté pour la Nupes et 12 % pour le RN, a expliqué à l’AFP Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos France. Un sondage Harris Interactive donne des résultats un peu différents : 48 % des électeurs Ensemble ! se sont abstenus, 34 % ont voté Nupes et 18 % RN. Ces reports de voix, difficilement estimables, peuvent d’un coup apporter 30 élus supplémentaires, a aussi indiqué Brice Teinturier.

Des consignes de vote hétérogènes

L’absence de consignes a-t-elle joué sur le score du RN comme le clame la Nupes ? Au soir du premier tour, la position d’Ensemble ne paraissait pas tranchée : Olivia Grégoire avait expliqué, alors que tous les résultats n’étaient pas connus, que les duels Nupes-RN n’auraient lieu que dans « très peu de circonscriptions, peut-être une dizaine » et qu’il s’agissait de débats « locaux ». « Ce n’est pas, ce soir, un enjeu national », concluait-elle. « Il faut qu’on attende de voir les cas de figure qui vont se présenter ou pas, avait aussi affirmé Gabriel Attal, le ministre du Budget. On a toujours été très clair sur notre opposition aux extrêmes et notamment au Rassemblement national. »

Au final, il y a eu une soixantaine de duels entre la Nupes et le RN. Et les lignes adoptées par les candidats et candidates Ensemble ! ont été pour le moins hétérogènes, entre ceux qui ont appelé à faire barrage, ceux qui ont clairement appelé à voter pour le candidat ou la candidate Nupes, ceux qui ont dit pas une voix pour le RN, ceux qui ont soutenu qu’ils ne voteraient pas pour les extrêmes et ceux qui ne se sont pas exprimés.

« L’échec du front républicain »

Un casse-tête qu’ont tenté d’élucider Le Monde et Libération. Mais, même après démêlage, les résultats divergent entre les deux quotidiens. Une tendance se dégage, résumée sur Twitter par le journaliste des Décodeurs Pierre Breteau : « 80 % des candidats Nupes ont appelé à faire barrage au RN en cas de duel Ensemble !-RN, contre 52 % des candidats Ensemble ! en cas de duel Nupes-RN ». « Manifestement, il y a eu une assez grande ambiguïté sur les consignes de vote, ce qui explique pour partie l’échec du front républicain dimanche », estime, auprès de 20 Minutes, Gilles Ivaldi, politologue au Cevipof et spécialiste des droites radicales.

Les déclarations des candidats et candidates permettent de « rappeler certaines lignes rouges, ajoute-t-il. Ça n’a pas nécessairement un effet massif, mais c’est important. » L’absence de consignes claires « a probablement joué sur le vote en faveur du RN, mais c’est difficile de le mesurer, tempère-t-il, car il n’y a pas de données précises sur la psychologie des électrices et des électeurs. »

En revanche, ce qui est mesurable, c’est l’évolution entre les élections législatives de 2017 et celles de 2022 : « Le RN était alors présent dans 120 circonscriptions, rappelle Gilles Ivaldi, et au final il a obtenu 8 sièges. Cette année, il était présent dans un peu plus de 200 circonscriptions et obtient 89 sièges. Il est clair que quelque chose s’est joué. »

« Un problème tactique » pour Ensemble !

Le tweet viral évoquant 56 duels sur 61 est un raisonnement faisant suite à une première version de l’article de Libération (avec seulement 5 consignes claires pro-Nupes). Au final, après des mises à jour, le quotidien titre que « seuls 7 candidats Ensemble appellent à voter pour la Nupes contre le RN au second tour ».

Mais Le Monde comptabilise 16 candidats appelant à voter pour la Nupes. Tout est affaire d’interprétation des propos. Par exemple, Nadia Essayan, députée sortante de la 2e circonscription du Cher, est classée dans la catégorie « ceux qui disent merci et puis s’en vont » pour Libération. Sur Facebook le 12 juin, elle n’a pas donné de consigne de vote, juste indiqué que « le choix entre Mélenchon et le RN », « ce n’est pas la France qu’elle aime ». Mais pour Le Monde, elle est classée comme appelant à voter Nupes, car elle a précisé dans un commentaire qu’elle votera « sans enthousiasme pour Nicolas Sansu parce qu’il a lui-même voté pour Emmanuel Macron en 2017 ».

La question des consignes de vote dans le cas de duels Nupes-RN, notamment pour les candidats originaires de LFI, était « plus un problème tactique », soutient Gilles Ivaldi : pour la macronie, il s’agissait de ne pas « surdimensionner le vote de la gauche unie qui représentait le principal adversaire ».

« Le piège d’Emmanuel Macron s’est refermé sur lui-même »

Classer ces consignes se révélait-il même réalisable ? Marine Tondelier, qui était la porte-parole de Yannick Jadot pendant la campagne présidentielle et candidate Nupes face à Marine Le Pen, n’a pas obtenu le soutien de sa rivale LREM. Cette dernière avait expliqué dans un communiqué qu’elle voterait blanc. Des marcheurs ont essayé de rattraper le coup en appelant, dans son cas, à faire barrage au RN, comme Stanislas Guerini, délégué général du parti présidentiel, ou Elisabeth Borne, la Première ministre.

« Le piège d’Emmanuel Macron s’est refermé sur lui-même », analyse Gilles Ivaldi. En préemptant le centre de la vie politique française, il a affaibli les grands partis présidentiels et ouvert un espace pour des formations plus radicales. « Face aux extrêmes, pour être totalement cohérent, il n’y avait pas d’autres choix que de faire une distinction entre la Nupes et l’extrême droite, poursuit-il, ça a été compliqué, c’est en cela que la majorité s’est trouvée dans l’ambiguïté et dans une forme d’impasse. »

Aux élections cantonales de 2011, une situation similaire avait eu lieu : la droite de Nicolas Sarkozy avait adopté le principe du ni-ni : ni Le Pen, ni la gauche. « Là aussi, ce sont des considérations stratégiques : à ce moment-là, il y a une première fissure dans le front républicain, soutient le politologue. L’extrême droite, tout d’un coup, est mise au même plan que la gauche », en rupture avec la ligne de Jacques Chirac. La fissure s’est agrandie après le second tour des législatives.



Source link

You may also like

Leave a Comment

France Hebdo

“Il faut toujours se réserver le droit de rire le lendemain de ses idées de la veille.”

Newsletter

Subscribe my Newsletter for new blog posts, tips & new photos. Let's stay updated!

France Hebdo @2022 – All Right Reserved. By Rivedin