Home La Une Le jet privé, symbole absolu de l’impact climatique démesuré des super riches ?

Le jet privé, symbole absolu de l’impact climatique démesuré des super riches ?

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Paris-Ryad le 17 juillet. Ryad-Marrakech, le lendemain. Marrakech-Paris, le 19 juillet. La boucle est bouclée. En trois jours, l’avion privé du groupe Bouygues aura effectué 14h47 de vol pour un bilan carbone estimé à 70 tonnes de CO2. « C’est l’équivalent des émissions d’un Français moyen en sept ans », précise @IflyBernard.

Derrière ce compte Twitter, lancé en avril dernier, on trouve Thomas*, 35 ans, ingénieur dans l’aéronautique à la fibre écologique. Depuis avril, il suit à la trace les jets privés propriétés de milliardaires ou de leurs entreprises. Dont celui de Martin Bouygues donc. « Mais aussi ceux de Bernard Arnault, de François-Henri Pinault, les deux du groupe Bolloré, et celui encore du groupe JCDecaux », liste-t-il.

Le plus compliqué ? « Trouver les immatriculations »

La méthode est simple à l’écouter. « Le plus compliqué, au final, est de trouver l’immatriculation de ces jets privés rarement au nom de ces milliardaires, commence Thomas. Mais une fois qu’on a cette information, il suffit de la rentrer dans des sites en accès libre, comme globe.adsbexchange.com, qui publie les données de vols que chaque avion doit transmettre toutes les secondes pour le contrôle du trafic aérien. Ensuite, il suffit de croiser les heures de temps de vol, la consommation en fuel de l’appareil et le rapport fuel/émission de CO2 pour avoir un très bon ordre de grandeur du bilan carbone des trajets effectués. » Seul bémol : on ne sait jamais qui, exactement, est à bord des avions. « Mais je m’assure que ces appareils soient bien la propriété de ces fortunes, ce qui les rend responsables de leurs émissions », estime Thomas.

L’ingénieur n’est pas le seul à traquer et publier sur les réseaux les escales des jets privés de milliardaires. L’avion de Bernard – un clin d’œil encore au patron de LVMH, troisième fortune mondiale – en fait de même depuis mai, côté français. Et dans les deux cas, la référence citée est @Elonjet, le compte Twitter de l’Américain Jack Sweeney, auprès de 500.000 abonnés et qui suit les mouvements de l’avion privé du patron de Tesla et Space X depuis 2020. « Il fallait décliner le concept en France, encore plus à l’heure où les politiques multiplient les appels à la population à plus de sobriété énergétique », explique Thomas.

C’était  le cas encore mercredi d’Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, demandant aux Français de couper le WiFi ou baisser un peu la clim maintenant que les températures ont tendance à diminuer, à éteindre la lumière dans les pièces inutilisées. « On ne peut pas demander des efforts à l’ensemble de la population, sans exiger en priorité des biens plus grands encore de la part des Français les plus aisés », insiste Thomas, en renvoyant vers le rapport de Greenpeace et Oxfam de février 2022. Via leur patrimoine financier, les 63 milliardaires français émettent autant que celui de 49,4 % des ménages français, calculaient les deux ONG.

Des vols en jet privé qui émettent dix fois plus de carbone

Le recours au jet privé est l’un des symboles de cet impact négatif démesuré sur le climat que peuvent avoir les plus riches. « Un vol en jet privé émet dix fois plus de carbone qu’une liaison aérienne commerciale, principalement parce qu’il embarque très peu de passagers à bord », pointe Pierre Leflaive, responsable transport au Réseau action climat, fédération d’ONG environnementales françaises. Or, malgré l’urgence climatique, le recours à ces avions privés ne faiblit pas en Europe. « Les émissions de CO2 des jets privés en Europe ont augmenté de près d’un tiers (31 %) entre 2005 et 2019, soit plus rapidement que les émissions de l’aviation commerciale », illustre Transport & Environment (T&E) dans  un rapport de mai 2021.

Un vol sur dix au départ de la France en 2019 était à bord d’un jet privé, y soulignait aussi T&E. Et la moitié de ces vols en avion privé parcourent moins de 500 km, « soit la distance opérationnelle où les avions sont les moins performants et donc les plus polluants ». C’est principalement le type de trajets que l’on retrouve sur les comptes @IflyBernard et L’avion de Bernard, où les avions de ces milliardaires multiplient les vols sur des distances très courtes, parfois plusieurs heures par jour. « Le plus surprenant est que les temps d’escales sont souvent très courts, fustige Thomas, qui s’étonnait du vol Paris-Nantes effectué lundi par l’avion privé du groupe JCDecaux, juste pour rester une heure sur place avant de rebrousser chemin. Deux jours plus tard, tout juste revenu de Marrakech, le jet privé de Martin Bouygues faisait de son côté un aller-retour Paris-Bordeaux. »

Mais pour Thomas, la palme revient sans doute à Bernard Arnault. « J’ai analysé les trajets de son jet sur les deux dernières années, raconte-t-il. La route la plus empruntée est Paris-Bruxelles avec quinze allers-retours sur la période. C’est le summum de l’absurde : ces 30 vols d’une durée moyenne de 35 minutes ont généré 81 tonnes de CO2. »

Le « name and shame », meilleur outil pour ramener à la raison ?

Faut-il alors tout simplement interdire ces vols en jet privé ? « Ce serait compliqué, ne serait-ce que juridiquement », répond Pierre Leflaive. De son côté, T&E propose au moins d’interdire les vols en jet privé intérieur court, de la même façon que la France a commencé (timidement) à le faire sur les vols commerciaux. « Des taxes sur le kérosène et les vols devraient être imposées aux jets privés fonctionnant à l’énergie fossile, en fonction de la distance parcourue et du poids de l’appareil », poursuivait l’ONG, toujours dans son rapport de mai 2021. Là encore, Pierre Leflaive pointe des limites de l’impact de ces attaques au porte-monnaie sur les ultra-riches. Il reste alors le « name and shame », littéralement « nommer et couvrir de honte ». C’est bien là tout le pari que font @IflyBernard et d’autres en affichant le mode de vie polluant des plus riches.

Et ça marche ? En mai dernier, le jet privé de Bernard Arnault avait totalisé 18 vols pour un bilan carbone de 176 tonnes, selon les calculs de L’avion de Bernard. Soit l’équivalent de celui émis par un Français moyen… en 17 ans. « Mais depuis début juillet, en revanche, cet avion est resté cloué au sol, observe Thomas qui caresse l’espoir que le milliardaire a pris de bonnes résolutions pour soigner son image. Mais bon, peut-être a-t-il fait tout simplement le choix de louer désormais des avions privés pour ses déplacements, histoire de passer plus incognito. »

*A sa demande, son prénom a été changé.





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