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Le RN en plein inconfort pour son arrivée à l’Assemblée

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Le RN est arrivé fort, triomphant, uni, avec 89 députés à l’Assemblée nationale, mercredi dernier. Derrière Marine Le Pen, le parti d’extrême droite apparaît comme l’un des grands vainqueurs des élections législatives. S’il se place dans une opposition résolue au projet d’Emmanuel Macron, il voulait aussi se montrer constructif, ne pas tout bloquer par principe. Et voici qu’un couac vient gripper cette belle mécanique : le retour du débat sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Plus exactement, le débat sur son introduction dans sa constitution, en réaction au renversement de la jurisprudence sur l’avortement aux Etats-Unis par la cour suprême.

L’envie de se montrer constructif en a pris un sacré coup. « Faux problème ! » « Diversion ! »… Depuis vendredi, le RN n’a pas eu de mots assez… mous, pour s’opposer à la proposition de la Nupes et d’Ensemble. Mathilde Panot, la présidente du groupe insoumis à l’Assemblée nationale, a même un temps proposé que la proposition de loi constitutionnelle soit cosignée par tous les groupes de la chambre basse. Une bonne manière de cornériser le RN. « Il n’est pas tout à fait décent d’importer les problèmes que connaissent les Etats-Unis (…) En France, à ce que je sache, aucun parti politique ne le demande [la suppression de l’IVG, NDLR]. Même le Rassemblement national ne la demande pas », a souligné lundi matin sur France Info le député de Moselle, Laurent Jacobelli.

Une longue histoire d’opposition à l’IVG

Oui, même le RN ne demande pas de revenir sur l’IVG, inscrite dans la loi en France depuis 1974 et confirmée en 1979. Mais – et c’est bien là que le bât blesse – c’est un fait plutôt récent pour le principal parti de l’extrême droite française. « Ce genre de question fait ressurgir que le RN est un parti d’extrême droite, avec tout ce que cela charrie comme histoire », pense Gilles Ivaldi, chercheur au Cévipof, spécialiste de l’extrême droite. Du temps de Jean-Marie Le Pen, le Front national était violemment anti-IVG, sous l’influence puissante des catholiques traditionalistes dans le parti. En 2012, lors de sa première campagne présidentielle, Marine Le Pen voulait dérembourser les IVG pour éviter ce qu’elle appelait les « avortements de confort ».

Depuis, la stratégie de « dédiabolisation » du FN, devenu RN, est passée par là. Et la députée du Pas-de-Calais tient désormais position de statut quo dans son programme : pas de remise en cause de l’IVG, ni de sa prise en charge par la Sécurité sociale. Mais pas plus. « Marine Le Pen a choisi de se rapprocher d’un modèle de partis d’extrême droite d’Europe du nord ou scandinave, plus libéral sur les questions de mœurs, rappelle Gilles Ivaldi. L’objectif est à la fois de ne plus fermer la porte à tout un tas d’électorats, dont les femmes, mais aussi d’instrumentaliser à nouveau l’Islam, pointé comme danger pour les femmes, les LGBT, etc. » De fait, Marine Le Pen a considérablement réduit le gap entre le vote des hommes et le vote des femmes pour son parti. Elle avait aussi été relativement discrète lors du débat sur le Mariage pour tous, quand l’UMP défilait toutes sirènes hurlantes derrière la Manif pour tous.

Les réacs n’ont pas disparu du RN

Si le Rassemblement national de 2022 n’est plus exactement le Front national de 2012, il n’est pour autant pas un parti totalement différent. Loin de là. « Parmi les 89 députés RN élus le 19 juin, il y a des personnes issues de l’extrême droite traditionaliste », note Gilles Ivaldi. Toute cette frange de l’extrême droite n’est pas partie chez Eric Zemmour. Le chercheur s’étonne d’ailleurs qu’on n’ait pas plus commenté « la très grande hétérogénéité des députés RN. Hétérogénéité des territoires d’élection, des idéologies… Sur les questions socio-économiques, entre le RN du Nord plus redistributif, et le RN du Sud, plus libéral, mais aussi sur la question des valeurs ».

Le journal Le Monde a d’ailleurs fait le compte, lundi, des parlementaires RN opposés à l’IVG : Caroline Parmentier, la très proche conseillère presse de Marine Le Pen, considère que le droit à l’IVG n’est pas un droit des femmes ; Hervé de Lépinau (Vaucluse) et Laure Lavalette (Var), récente porte-parole du RN, ont signé en 2014 un appel à parrainer les candidats qui s’engageraient à abroger la loi sur l’avortement ; Christophe Bentz (Haute-Marne) parle de l’IVG comme d’un « génocide de masse ». Trois eurodéputées RN désormais députées ont voté, en 2021, contre une résolution de l’UE appelant à garantir « l’accès universel à un avortement légal et sûr ». D’autres encore ne semblent pas très chauds pour constitutionnaliser l’accès à l’IVG.

Le grand écart

A l’opposé, la députée RN de Reims, Anne-Sophie Frigout, explique à 20 Minutes être « pour le droit des femmes et pour défendre de l’IVG ». Elle juge la proposition de la majorité et de la gauche « démago » alors qu’elle voudrait, elle, qu’on se penche sur la question de « l’accès réel aux soins et à l’IVG pour les femmes sur tout le territoire ». Un sujet porté par de nombreuses associations féministes. Sur cette position, est-elle à l’aise au RN ? « Oui. » Anne-Sophie Frigout, qui n’a peut-être pas encore bien pris le temps de discuter plus avant avec ses collègues cités plus hauts, n’a « pas du tout l’impression que [son] parti est divisé sur cette question ». A ce niveau-là, on a pourtant plutôt l’impression que l’étendue des opinions des députés et députées RN sur la question va lourdement solliciter les adducteurs de Marine Le Pen. Au point que c’est la question de la gestion de la croissance parlementaire soudaine, inattendue et donc impréparée de son parti qui va se poser rapidement.

Marine Le Pen peut-elle se permettre de ne pas signer une proposition de loi constitutionnelle qu’on lui soumettrait sur le sujet, au risque de commencer à fendiller l’unité de son groupe ? « Politiquement, ça serait compliqué. Ça marquerait, dès le départ de la législature, une différence majeure sur un enjeu symbolique de valeurs. Or, le principal souci de Marine Le Pen, c’est la crédibilité », estime Gilles Ivaldi. Marine Le Pen a sans doute les moyens d’imposer aujourd’hui la discipline à son groupe. Mais la couleuvre à avaler pour certains et certaines est tout de même d’un fort beau gabarit. Ce qui pose la question de savoir si la cheffe du RN sera capable d’imposer une telle discipline sur le long terme. L’histoire du parti et de l’extrême droite – faites de scissions, de divisions et de rivalités permanentes – ne plaide pas pour elle.





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