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Pourquoi l’été 2022 est à fort risque sur le front des feux de forêt

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« Méga-feu ». Le terme est lâché, par les secours, pour qualifier l’incendie qui a déjà ravagé 650 hectares de forêt dans les  Cévennes, dans le nord du Gard, depuis jeudi. La bataille s’est poursuivie ce vendredi avec 750 pompiers mobilisés, venus de toute la France.

Car, si l’évolution de l’incendie est « plus favorable, avec seulement quelques foyers de feu persistants », indiquait la préfecture du Gard, dans la matinée, « il n’était toujours pas fixé », insistaient les pompiers, à 17h, craignant que ça ne soit pas le cas avant plusieurs jours encore.

Pas un méga-feu mais un feu extrême

De là à dire méga-feu ? Julien Riffault, écologue à l’Inrae*, où il travaille sur le lien entre changement climatique et incendies, tempère. « En termes de surface brûlée, celui qui touche actuellement le nord du Gard est à ce jour d’une ampleur bien plus faible que l’incendie de Gonfaron (Var), l’été dernier, où 7.000 hectares étaient partis en fumée, rappelle-t-il. Et les incendies qualifiés de méga-feux en Australie ou aux Etats-Unis, se propagent, eux, sur des centaines de milliers d’hectares. »

Mais le scientifique rappelle qu’il n’y a pas de définition scientifique officielle de « méga-feu ». « Sont parfois désignés comme tel des incendies pas forcément d’une grande ampleur, mais au comportement extrême, difficile à maîtriser », reprend le climatologue. Et sur ce point, cet incendie dans les Cévennes coche les cases. « Sa vitesse de propagation a été très importante et il s’est révélé très difficile à maîtriser dès le départ bien que des moyens de détection et d’attaque du feu ont pu être déployés immédiatement », décrit Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.

Lui non plus ne parle pas de méga-feu pour qualifier cet incendie dans les Cévennes et regrette même la reprise du terme dans les médias. « Il s’agit seulement du premier gros incendie médiatisé de 2022, mais il y a déjà eu 900 départs de feu sur le Sud-Méditerranée depuis le début de l’année, précise-t-il. Un rythme élevé comparé aux autres années. » Et qui pourrait s’intensifier encore dans les semaines à venir ? Mi-mai déjà, Eric Brocardi disait s’attendre à un été de tous les dangers en matière de feux de forêt. Julien Riffault est du même avis : « Les cumuls de précipitations sont extrêmement faibles depuis le début de l’année dans plusieurs régions du Sud-Est, si bien que la végétation est dans un état de sécheresse qui se rapproche plus de ce qu’on a l’habitude de voir à la fin de l’été », pointe-t-il.

Un été à fort risque sur le front des feux de forêt ?

De quoi laisser, au sol, une quantité importante de biomasse qui d’un rien peut s’enflammer, lorsque les conditions météorologiques sont réunies. C’est la deuxième partie du cocktail « incendie ». Eric Brocardi évoque la règle des 30 : vent supérieur à 30 km/h, un taux d’humidité inférieur à 30 % et une température supérieure à 30. Or, c’est la situation que connaissent plusieurs endroits de métropole ces dernières semaines et prévus aussi pour les jours à venir. Météo France anticipe, à partir de ce week-end, une nouvelle vague de chaleur.

Ce début d’été s’inscrit alors dans les tendances observées ces dernières années sur l’augmentation de l’intensité des incendies en France. « Nous manquons encore de données objectives pour quantifier ce phénomène de manière scientifique, commence Julien Riffault. Ce qui est certain, c’est que nous avons de plus en plus de retours de pompiers disant être confrontés à des incendies plus complexes à maîtriser. Et, effectivement, il y a eu une série d’incendies virulents ces dernières années, comme Gonfaron en 2022 ou le feu de Rognac-Vitrolles (près de Marseille) en 2016. Ils ont pour point commun d’avoir eu lieu dans des conditions de vagues de chaleur et/ou de sécheresse très intenses. » Les mêmes conditions que les climatologues annoncent plus fréquentes à l’avenir, avec le changement climatique.

Une carte du risque d’incendie qui s’étend vers le Nord

Surtout, le sud de la France n’est plus la seule région métropolitaine propice aux feux de forêt. « Progressivement, la zone s’étend vers le Nord, observe Julien Riffault. On pourrait même avoir des remontées vers des zones jusqu’ici peu touchées par les incendies, comme le Massif-Central, l’Ouest, le Grand-Est. » De son côté, Eric Brocardi cite le feu de forêt d’avril 2021 qui avait détruit plus de 100 hectares dans l’Indre. « Cela fait trois ans qu’on tente d’alerter sur le fait que tout le territoire métropolitain est aujourd’hui exposé à ce risque « incendie », insiste-t-il.

Pourtant, ces quarante dernières années, la surface brûlée et le nombre d’incendies ont diminué au cours des quarante dernières années en France. La moyenne, certes très variable d’une année sur l’autre, s’est établie autour de 12.000 hectares brûlés chaque année contre 45.000 dans les années 1970, rappelle le quotidien La Croix. L’écologue de l’Inrae l’explique par le renforcement des politiques et des moyens de prévention et de lutte contre les incendies, « avec deux vagues de mesures prises après les incendies ravageurs de 1989-1990 puis de 2003 ». « Cela a permis de réduire les incendies malgré des conditions météorologiques de plus en plus critiques, reprend Julien Riffault. Mais on s’aperçoit, pas seulement en France mais aussi au Portugal, en Espagne ou en Grèce, que ces mesures touchent leurs limites lorsque les conditions deviennent très intenses. C’est-à-dire très chaud, très venté, très sec. »

Insuffler la culture de la protection civile en France

Eric Brocardi invite d’une certaine façon à remettre un coup de collier dans les politiques de prévention et de lutte et les moyens alloués. « Nous sommes déjà en train de redéployer les moyens aériens de la sécurité civile sur l’ensemble du territoire national pour s’adapter cette nouvelle carte du risque incendie, commence-t-il. Une base aérienne a été ouverte à Angers par exemple. En parallèle, il faut aussi former des sapeurs-pompiers à faire face à ces incendies de feux de forêt sur tout le territoire. » Ce n’est que la première partie de l’équation, insiste le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.

La deuxième ? Former la population au risque incendie, alors que 92 % des incendies sont d’origine humaine. « Nous n’avons pas du tout cette culture de la protection civile en France, regrette-t-il. On voit encore trop de débroussaillages l’été, là où le risque d’incendie est le plus grand, des barbecues à proximité des bois, mégots et déchets jetés dans la nature. » Mais cette sensibilisation ne suffira pas pour Julien Riffault : « Pour éviter le plus possible les feux de forêts intenses en France, le mieux est encore de lutter contre le changement climatique ».



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