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Quid de la concomitance des visites de Macron et de Lavrov en Afrique ? (Analyse)

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AA / Istanbul

– Dix-sept pays africains se sont abstenus de voter en faveur d’une résolution onusienne qui condamne l’invasion russe en Ukraine, tandis que neuf pays du même continent ont choisi de s’absenter de la séance.

– La visite de Lavrov en Afrique a pour but de transmettre des messages pour rassurer les pays visités en termes d’approvisionnement en nourriture.

Le président français, Emmanuel Macron, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov ont effectué simultanément deux visites, respectivement dans l’ouest et dans l’est de l’Afrique.

Chacun des deux pays (La France et la Russie) a tenté de faire assumer à l’autre la responsabilité de la crise alimentaire mondiale, dont les premières victimes seront les pays africains.

Macron a effectué, entre le 25 et 28 juillet courant, une tournée en Afrique de l’Ouest, qui l’avait conduit au Cameroun, au Bénin et en Guinée équatoriale, toutes des anciennes colonies françaises, au moment où l’influence de son pays connaît une régression dans plus d’un pays africain, face à la concurrence de plusieurs autres États, notamment, la Russie et la Chine.

Lavrov avait, de son côté, précédé Macron de deux jours vers le continent noir et avait clôturé, sa tournée le 27 juillet courant, après avoir visité l’Égypte, l’Ouganda, le Congo Brazzaville et l’Éthiopie, tous des pays situés dans l’est du continent à l’exception du Congo Brazzaville situé dans l’ouest et qui avait été soumis, jadis, à l’emprise du colonialisme français.

* L’arme alimentaire

Macron n’a pas hésité à accuser Moscou, depuis le Cameroun, de manipuler la crise alimentaire mondiale en tant « qu’arme de guerre », démentant les allégations de Moscou selon lesquelles les sanctions occidentales qui lui ont été infligées sont à l’origine de cette crise.

Dans le camp opposé, Lavrov avait, à partir de l’Ouganda, souligné que « la Russie n’est point responsable de la crise énergétique et alimentaire » enclenchée des suites de son opération militaire en Ukraine, lancée le 24 février dernier.

L’échange d’accusations entre Français et Russes dans l’ouest et l’est du continent quant à la responsabilité de la hausse des prix du blé et des denrées alimentaires à l’échelle mondiale, reflète la volonté de chacun des deux pays de mobiliser le plus grand nombre d’alliés africains.

En effet, la Russie souhaite regagner le continent africain à travers la porte de la coopération sécuritaire et militaire, qui constitue une obsession pour les pays africains, tandis que la France s’emploie à asseoir son influence dans ses anciennes colonies après l’avoir perdue au Mali et en République centrafricaine, dans son conflit latent avec Moscou.

De plus, la guerre russe en Ukraine a généré une hausse des prix du brut, des engrais et de la nourriture, ce qui a aggravé la souffrance de certains pays africains aux économies fragiles, en particulier ceux qui importent leur nourriture depuis la Russie et l’Ukraine.

Le fait que la Russie dispose d’importantes capacités exportatrices de pétrole, de gaz, d’engrais et de blé, a suscité l’inquiétude de la France de voir Moscou utiliser ces capacités en tant « qu’arme », pour imposer son influence et son pouvoir au continent noir et attirer les pays africains dans son giron, sur fond de conflit qui l’oppose à l’Occident.

Rappelons que 17 pays africains s’étaient abstenus de voter en faveur de la résolution onusienne qui a condamné l’invasion russe en Ukraine en mars dernier, tandis que neuf autres pays avaient choisi de s’absenter de la séance du vote. Un seul pays africain, sur un total de 54, avait voté contre cette résolution. Il s’agit de l’Érythrée.

Ainsi, près de la moitié des pays du continent africain ont condamné l’invasion russe, tandis que l’autre moitié a choisi une position plus proche de Moscou que celle de l’Occident, ce qui reflète une scission aiguë dans les positions entre les pays africains et une régression de l’hégémonie française et occidentale dans le continent.

Cette situation explique la rude concurrence entre la France et la Russie pour attirer les faveurs et le soutien des pays africains, en prévision des prochaines batailles diplomatiques.

* Les ultimes bastions

La France craint que la lourde défaite essuyée, sans combats, face à la Russie au Mali et en République centrafricaine ne s’étend vers le centre et l’ouest du continent noir.

C’est pour cette raison que la première tournée africaine de Macron, après sa réélection pour un second mandat, l’a conduit vers l’ouest du continent, en particulier, au Cameroun et en Guinée-Bissau, deux pays qui ont choisi de s’absenter de la séance du vote pour condamner l’invasion russe en Ukraine, tandis que le Bénin avait pris parti pour la position française, bien que ce pays importe 100% de son blé de la Russie.

Macron veut, à travers sa visite en Afrique occidentale, rassurer ces pays que le retrait militaire de Paris du Mali après son échec à éliminer les groupes terroristes malgré une présence qui a duré une dizaine d’années, ne signifie pas son renoncement à la sécurité des États de la région.

Rappelons que les groupes armés, tels que « Boko Haram », « Daech en Afrique de l’Ouest » et « Al-Qaïda », se dirigent vers l’ouest du continent, en particulier, vers le Cameroun et récemment le Bénin.

Macron ne veut pas que sa décision de mettre fin à l’opération « Barkhane » et le retrait de ses forces du Mali, à la fin de cet été, inquiète les États de la région qui seraient plus enclins à se jeter dans les bras de la Russie et son groupe paramilitaire « Wagner », tel que cela s’est déroulé au Mali et auparavant en Centrafrique.

Il a déclaré que « la France demeurera engagée à assurer la sécurité du continent pour soutenir nos partenaires africains et ce, à leur demande ».

Macron a apporté avec lui une initiative alimentaire pour les Africains, afin de résister aux offres alléchantes des céréales russes. Le président français a proposé une aide au secteur agricole africain, l’établissement d’un partenariat mutuellement profitable avec l’Europe tout en permettant aux régions africaines de disposer de leur souveraineté alimentaire.

Une autre arme dont les Russes disposent contre la France. Il s’agit du passé colonial de ce pays en Afrique, un passé évoqué par Moscou pour inciter et pousser les Africains à se débarrasser de l’hégémonie française et occidentale en se présentant comme une alternative.

Macron saisit, parfaitement, cette réalité d’autant plus qu’un rassemblement de partis politiques camerounais avait formulé la demande, lors de sa venue dans leur pays, de reconnaître les crimes de la colonisation française mais il n’a pas eu le courage nécessaire de les reconnaître et s’est contenté d’ouvrir « les archives des moments douloureux » au Cameroun.

* A la recherche d’alliés

La visite de Lavrov en Afrique, quant à elle, intervient après la signature par la Russie, l’Ukraine et la Türkiye, à Istanbul, de « l’Accord sur le transport sécurisé de céréales et de denrées alimentaires depuis les ports ukrainiens», sous les auspices du président turc, Recep Tayyip Erdogan.

La Russie adresse ainsi un message aux Africains, en vertu duquel elle prend en considération leur sécurité alimentaire, ajoutant qu’elle n’est pas responsable de la crise alimentaire mondiale générée pas son opération militaire en Ukraine.

Notons que l’Égypte, l’Éthiopie et l’Ouganda font partie des pays de l’Afrique de l’Est les plus peuplés, et leur sécurité alimentaire a été atteinte d’une façon ou d’une autre, à cause de la hausse des prix du blé et des engrais.

L’Égypte fait partie des pays qui ont voté en faveur de la condamnation de l’invasion russe mais il n’en demeure pas moins qu’elle s’est abstenue de voter contre la Russie au sujet de son maintien ou pas au sein du Conseil des droits de l’homme.

Malgré cela, la Russie considère l’Égypte comme un de ses principaux partenaires stratégiques en particulier, pour ses exportations d’armes et de blé, de même qu’elle abrite le siège de la Ligue des États arabes, d’où Lavrov avait prononcé un discours en présence des délégués des États membres.

De même pour l’Éthiopie qui accueille le siège de l’Union africaine (UA) et qui est le deuxième pays africain le plus peuplé après le Nigéria.

Pour ce qui est de l’Ouganda, un des pays de l’est de l’Afrique qui a une des plus grandes densités en termes de nombre d’habitants, la moitié de ses importations céréalières provient de la Russie et de l’Ukraine et fait partie des pays qui se sont abstenus de voter la résolution condamnant l’invasion russe.

Quant au Congo Brazzaville, il fait partie des rares pays francophones de l’Afrique de l’Ouest qui se sont abstenus de voter en faveur de la condamnation de la Russie et c’est la raison pour laquelle la visite de Lavrov revêt une symbolique particulière, à travers une percée réalisée dans l’un des ultimes bastions du « pré carré » français dans la région.

La visite de Lavrov dans ces quatre pays a pour but de transmettre des messages pour rassurer ces pays quant aux approvisionnements en nourriture, mais représente en contrepartie une menace pour les pays qui prennent des positions défavorables à la Russie.

Dmitri Medvedev, le vice-président du Conseil de sécurité russe, avait averti que Moscou limitera la vente de ses produits agricoles aux pays amis seulement.

Des experts estiment que l’aggravation de la crise alimentaire mondiale provoquera une extension de la faim, en particulier en Afrique, ce qui se reflètera sur la situation sociale et sécuritaire dans les pays du continent noir, en cas d’enclenchement d’émeutes et de protestations et ce qui pourrait précipiter l’effondrement de régimes et de pays, surtout avec la recrudescence du conflit russo-français en Afrique.

*Traduit de l’arabe par Hatem Kattou



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