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Trois pistes concrètes pour soulager les urgences

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La deadline approche : la mission flash confiée à François Braun a jusqu’au vendredi 1er juillet pour remettre des pistes afin d’éviter un crash des urgences cet été. Car elles sont confrontées, en plus des difficultés actuelles et des planning infaisables, confrontées à une septième vague de Covid-19.

Si la situation est critique, nos soignants regorgent d’inventivité pour améliorer notre système de soins à court, mais surtout long terme. 20 Minutes a donné la parole à cinq spécialistes des urgences, médecin, ambulancier ou infirmier, pour leur demander, non pas la solution miracle, mais une bonne idée pour soulager les urgences.

Améliorer les conditions de travail

« Ce n’est pas tant la quantité de patients qui viennent aux urgences qui pose problème que le souci aval : on trouve de moins en moins de lits dans les services hospitaliers, mais également dans les Ehpad et les soins de suite », analyse Pierre Schwob, 32 ans, infirmier de nuit aux urgences de l’hôpital Beaujon (Hauts-de-Seine) et vice-président du Collectif Inter-Urgences. Un constat que beaucoup partagent. Le problème, c’est que pour ouvrir des lits ou arrêter d’en fermer, il faut des paramédicaux à leur chevet. Or, depuis la pandémie, énormément d’infirmiers ont quitté l’hôpital.

Qu’est-ce qui peut leur redonner envie de travailler à l’hôpital ? Si l’augmentation salariale, surtout sur la nuit et le week-end, semble indispensable, de meilleures conditions de travail arrivent en haut des priorités. « Il faudrait imposer un ratio de patients par soignant et qu’on soit titulaire de notre poste, ce qui veut dire qu’on ne pourra m’envoyer un jour en gériatrie et le lendemain aux urgences, propose Pierre Schwob. Avec dix ans d’ancienneté aux urgences, j’ai développé une compétence que je n’ai pas en réa… Fini l’ « ode à la polyvalence ».

Autre réclamation précise du collectif : le remplacement de tous les congés maternité. « Aujourd’hui, il faut deux femmes enceintes pour qu’il y en ait un remplacement. On est dans un milieu à 80 % féminin, ça pose de légers problèmes… D’autant qu’il faut qu’elles tombent enceintes dans le même service et sur le même shift. » Pierre souhaite aussi une reconnaissance de la pénibilité. « Infirmier n’est plus un métier reconnu pénible depuis la loi Bachelot 2010. Avant, l’ouverture des droits à la retraite commençait à 57 ans. Aujourd’hui, c’est 62 ans et bientôt 65 ans… »

Proposer la télémédecine embarquée dans des ambulances

Et si plutôt que d’envoyer une patiente attendre des heures sur un brancard, on amenait le soin à domicile ? Stéphane Graton, 51 ans, ambulancier en Vendée depuis trente-deux ans, a développé une solution depuis 2018 : l’unité mobile de téléconsultation. « On sert de cordon ombilical entre lieu de vie et lieu de soins, entre patient et soignant grâce au véhicule. Avec les nouvelles technologies, on peut faire de la téléconsultation assistée. » La première unité mobile de téléconsultation a été créée en juin 2020 au cœur du Covid.

Voici une unité mobile de téléconsultation, une ambulance prévue pour réaliser une téléconsultation à domicile afin de faire gagner du temps aux médecins et d'éviter aux patients d'aller à l'hôpital et d'attendre des heures sur un brancard aux urgences.
Voici une unité mobile de téléconsultation, une ambulance prévue pour réaliser une téléconsultation à domicile afin de faire gagner du temps aux médecins et d’éviter aux patients d’aller à l’hôpital et d’attendre des heures sur un brancard aux urgences. – Jussieu Santé

« En résumé, c’est un cabinet médical ambulant, avec à l’intérieur un infirmier et un ambulancier qui deviennent les yeux et les mains du médecin. On ne dégrade pas la consultation et on se sert des outils modernes : stéthoscope connecté, oxymètre, électrocardiogramme. » L’ambulance est dotée d’une liaison satellitaire pour éviter les bugs insupportables. Le patient est donc rapidement pris en charge : s’il peut rester à domicile, il reçoit en quelques clics son ordonnance, est rassuré par une équipe qui souvent le connaît. Et s’il a besoin d’être hospitalisé, « on peut l’orienter vers le bon service de spécialité en sautant la case attente aux urgences », précise l’ambulancier.

Mettre en place des « bed manager »

Le projet a démarré au CHU de Poitiers en 2014 et convaincu bien au-delà de cet hôpital. La preuve : de nombreuses sociétés savantes s’y intéressent. Son principe ? Ce n’est plus un médecin qui négocie avec les services pour faire hospitaliser son patient, mais un « bed manager », qui peut être un administratif ou un infirmier. « On n’a pas besoin de l’appeler, on a un logiciel métier qui nous permet de cocher une case « j’aimerais une place en gastro ». Les « bed managers » utilisent ce logiciel pour trouver une place, résume Jérémy Guenezan, 35 ans, chef de service des urgences à Poitiers. Les transmissions se font entre les paramédicaux des urgences et des services et nous, on peut continuer à prendre en charge d’autres patients. »

Un système très efficace. « Une étude a montré que dès les premières années, on avait fait baisser l’attente entre 1h et 1h30 par patient. » Mais le « bed management », ce n’est pas seulement un nouveau métier, mais toute une organisation. « Tout l’hôpital est équipé de matériel informatique qui permet d’avoir une vision des places et il a fallu une volonté institutionnelle pour que les médecins des services nous libèrent des places. Chaque service sait combien de lits il doit dédier aux urgences. »

Car contrairement à ce qu’on imagine, l’activité des urgences est prévisible. « Il y a eu un gros travail de statistiques pour savoir de combien de places on avait besoin par spécialité et par jour. » Troisième condition : l’hôpital a créé une unité d’hospitalisation d’aval. « Un service tampon entre les urgences et les services quand on attend une place, reprend Jérémy Guenezan. Au lieu de dormir dans les couloirs, ils sont dans une chambre et y restent moins de 48h. Tout le monde y trouve son compte. »

Et les soignants aussi. « Pour l’attractivité du métier d’urgentiste, c’est une solution miracle !, confirme Maxime Jonchier, médecin du service. Il y a deux choses qui agacent les urgentistes : traiter ce qui ne relève pas des urgences, mais malheureusement on ne pourra rien faire de ce côté car l’offre de soins est inférieure aux besoins. Deuxième problème : devoir négocier une place avec un collègue. C’est épuisant et on devient maltraitant. Aujourd’hui, on met en moyenne 23 minutes entre le moment où l’urgentiste décide qu’il faut hospitaliser et l’arrivée en chambre… C’est à en faire rougir les autres hôpitaux ! » Pour eux, aucun doute, le « bed management » doit s’exporter et faire partie des pistes de la « mission flash ».

D’autant qu’il y a plusieurs étages à cette fusée. Non seulement tout l’hôpital travaille main dans la main, mais le bed management est en train de s’organiser à l’échelle du Groupe Hospitalier de Territoire (GHT), qui englobe les hôpitaux de Loudun et Châtellerault. Dans ce dernier, un ambulancier s’occupe du « bed management » depuis une semaine.

Et pourquoi ne pas élargir ce dispositif à l’échelle de la région ?, suggère Nicolas Perolat, 34 ans, urgentiste en province. « C’était le cas pendant la crise Covid : quand un patient aux urgences avait besoin d’une place en réa, on appelait la cellule Covid à l’Agence régionale de santé d’Ile-de-france qui nous disait où l’envoyer. Avec le nombre de lits qui va fermer cet été, on peut imaginer que des cellules régionales dans les ARS gèrent les lits d’hospitalisation. »

Une solution de long terme ? « Non, répond Nicolas Perolat. Un patient qu’on va voir à Montreuil, si vous l’hospitalisez à Boulogne, ses proches ne viendront pas le voir. Or, l’accompagnement de la famille est très important. Mais cela pourrait être une solution d’urgence, le temps que l’hôpital redevienne attractif. »



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