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Tunisie: Les Tunisiens se prononcent sur une nouvelle Constitution

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TunisieLes Tunisiens se prononcent sur une nouvelle Constitution

Le président Kais Saied soumet ce lundi aux Tunisiens une nouvelle Constitution controversée qui renforcerait ses pouvoirs.

Le président tunisien Kais Saied, avec la nouvelle Constitution tunisienne, le 20 juin 2022 à Carthage.

Le président tunisien Kais Saied, avec la nouvelle Constitution tunisienne, le 20 juin 2022 à Carthage.

AFP

Les Tunisiens sont appelés lundi à se prononcer lors d’un référendum imposé par le chef de l’État, Kais Saied, sur une nouvelle Constitution controversée qui renforce les pouvoirs du président et pourrait faire rebasculer le pays vers un régime dictatorial similaire à l’avant 2011.

De 07h00 à 23h00, plus de 11’000 bureaux de vote sont prêts à accueillir les électeurs, selon l’Isie, l’autorité électorale, organisatrice d’un scrutin censé, selon Kais Saied, mettre fin à la crise politique provoquée par son coup de force d’il y a exactement un an.

Selon l’Isie, 9’296’064 Tunisiens ont été inscrits volontairement ou automatiquement pour participer à ce référendum, rejeté par la majorité des partis politiques et critiqué par les défenseurs des droits. Les 356’291 Tunisiens de l’étranger ont commencé à voter samedi et ont jusqu’à lundi pour s’exprimer.

Concentration des pouvoirs

La participation est le principal enjeu du référendum pour lequel aucun quorum n’est requis et où le oui est donné favori, l’opposition à Kais Saied ayant pour l’essentiel appelé à ne pas se rendre aux urnes. Le projet de Constitution instaure un régime ultra-présidentiel accordant de vastes pouvoirs au chef de l’État, en rupture avec le système plutôt parlementaire en place depuis 2014, auquel Kais Saied impute les conflits récurrents entre le Parlement et le gouvernement des 10 dernières années.

Dans le nouveau texte, le président, chef suprême des armées, exerce le pouvoir exécutif avec l’aide d’un chef de gouvernement qu’il désigne et peut révoquer selon son bon vouloir, sans nécessité d’obtenir la confiance du Parlement. Il entérine les lois et peut aussi soumettre au Parlement des textes législatifs qui ont «la priorité». Une deuxième chambre devant représenter les régions sera établie pour contrebalancer l’Assemblée des représentants (députés) actuelle.

L’opposition et les ONG ont dénoncé un texte «taillé sur mesure» pour Kais Saied, et une concentration excessive des pouvoirs entre les mains d’un président n’ayant de comptes à rendre à personne. Sadok Belaïd, le juriste chargé par Kais Saied d’élaborer la nouvelle Constitution, a désavoué le texte final, estimant qu’il pourrait «ouvrir la voie à un régime dictatorial».

«Correction de cap»

Les plus grands partis d’opposition, notamment le mouvement d’inspiration islamiste Ennahdha, bête noire de Kais Saied, ont appelé au boycott du scrutin, invoquant un «processus illégal» et sans concertation. La puissante centrale syndicale UGTT, qui se tient à distance de la vie politique sur laquelle elle avait une forte influence depuis la Révolution de 2011, n’a pas donné de consigne de vote.

Personnage insondable et complexe, le président Saied exerce le pouvoir de manière de plus en plus solitaire depuis un an. Âgé de 64 ans, Kais Saied considère sa refonte de la Constitution comme le prolongement de la «correction de cap» engagée le 25 juillet 2021 quand, arguant de blocages politico-économiques, il a limogé son premier ministre et gelé le Parlement avant de le dissoudre en mars, mettant en péril la seule démocratie issue du Printemps arabe.

Pour le chercheur Youssef Cherif, «le fait que les gens puissent encore s’exprimer librement, qu’ils puissent aller voter non (au référendum) sans aller en prison montre que nous ne sommes pas dans le schéma traditionnel de la dictature». Mais la question pourrait se poser, selon lui, dans l’après-Saied, avec une Constitution qui «pourrait construire un régime autoritaire ressemblant aux régimes que la Tunisie a connus avant 2011», la dictature de Zine el Abidine Ben Ali et le régime autocratique du héros de l’indépendance Habib Bourguiba.

(AFP)





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