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Un reportage de TF1 à l’origine de la mort d’un soldat ukrainien ? Prudence avec ce genre d’accusation

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Un reportage diffusé sur TF1 aurait-il coûté la vie à un soldat ukrainien ? C’est l’accusation que portent de nombreux internautes sur les réseaux sociaux depuis ce lundi. En substance, les images d’un reportage sur une unité ukrainienne auraient permis à la Russie de repérer sa position et d’orienter les tirs vers celles-ci, causant une mort.

Certains font même le parallèle avec la diffusion d’informations par BFM TV sur la position des otages de l’Hyper Casher, pris d’assaut par Amedy Coulibaly en janvier 2015.

C’est notre confrère Guillaume Patz qui a repéré les tweets d’un journaliste polonais, Mateusz Lachowski rapportant la mort du soldat : « Il s’agit de « Keks », soldat ukrainien, volontaire, qui a défendu l’Ukraine. En civil, il était prothésiste dentaire. […]. Malheureusement, « Keks » est mort. Il est mort sous le feu russe après que des journalistes français venus nous chercher ont révélé les positions ukrainiennes. »

Le tweet du journaliste polonais qui relie la mort du soldat ukrainien au reportage de TF1.
Le tweet du journaliste polonais qui relie la mort du soldat ukrainien au reportage de TF1. – Capture d’écran

Le journaliste polonais ne cite pas directement TF1 mais Guillaume Patz fait le lien avec un reportage de la chaîne montrant comment des soldats ukrainiens postés dans le Donbass utilisent des drones disponibles dans le commerce pour repérer les positions ennemies. Mateusz Lachowski valide cette affirmation en répondant au journaliste français.

Dans un second tweet, le journaliste polonais explique avoir été présent sur place en même temps que l’équipe de télévision française : « […] ils ont d’abord filmé de telle manière qu’il était possible de définir un lieu spécifique, puis ils l’ont immédiatement montré dans un court métrage… » En réponse à Guillaume Patz, il ajoute que « les journalistes ont dit aux soldats qu’ils brouilleraient et obscurciraient tout matériel confidentiel et enverraient l’enregistrement aux Ukrainiens pour vérification avant publication afin de protéger les positions ukrainiennes. »

FAKE OFF

Plusieurs éléments appellent à la prudence. Le témoignage du journaliste pour commencer. Joint par 20 Minutes, Mateusz Lachowski, qui officie pour la chaîne d’information polonaise TVN 24, précise qu’il n’était pas sur les lieux en même temps que l’équipe française. Il était présent le même jour que les journalistes de TF1, mais il a quitté les lieux avant leur arrivée.

Mateusz Lachowski a été en mesure de nous confirmer l’identité du soldat de 27 ans qui aurait été tué le 18 juin à la suite d’un tir d’artillerie russe. Une information confirmée par TF1. Informé le lendemain par trois soldats de la même compagnie, il ajoute qu’un autre membre de l’unité aurait été blessé et se trouvait toujours à l’hôpital.

Ce sont ces derniers qui ont soufflé au journaliste que les éléments divulgués par le reportage de TF1 auraient aidé à « renseigner » les forces russes sur leur position. C’est la raison pour laquelle il utilise le conditionnel dans ses tweets. Le premier commence par le mot « Podobno », qui signifie « Apparemment », « Soi-disant » en polonais, laissant entendre qu’il n’est pas certain de ce qu’il avance. Contactée par 20 Minutes, la rédaction de TF1 confirme la présence de « Keks » dans les premières secondes du reportage de TF1 comme le montrent les images ci-dessous où on le voit avec un drone dans les mains.

Sur ces images, on voit le soldat
Sur ces images, on voit le soldat – Capture d’écran

Dans le reportage, on voit d’abord des soldats ukrainiens évoluer dans un environnement rural, à quelques centaines de mètres des Russes. On peut également identifier des éléments géographiques (arbres, talus, etc.) reconnaissables pour les personnes sur place. Mais au regard des affrontements, les Russes sont probablement au fait de la présence de soldats ukrainiens à proximité.

Des cartes non-floutées

Les éléments qui sont le plus mis en cause font partie de d’une séquence qui se passe dans un « PC de campagne » d’où sont organisées les opérations sur le lieu. On y voit des soldats travailler sur des cartes et des images filmées par les drones et d’autres caméras placées dans des arbres par les Ukrainiens. Ce sont principalement les images des cartes qui sont mises en cause. Les cartes sont en effet bien visibles, et un gros plan est effectué sur l’une d’elles pendant qu’un officier explique les différentes parties en les pointant du doigt.

Selon Mateusz Lachowski, ces images auraient dû être floutées et vérifiées par les soldats ukrainiens avant diffusion : « Nous avions pour instruction de ne pas filmer ces éléments stratégiques et de flouter ceux qui pouvaient apparaître en arrière-plan. Les soldats m’ont confirmé que les Français avaient les mêmes consignes. » De plus, ces images auraient dû être vérifiées par les autorités ukrainiennes avant diffusion. Un accord qui n’aurait pas été respecté par l’équipe de TF1.

Des allégations contestées par Guillaume Debré, directeur des informations de la chaîne : « Toutes les images ont été tournées en accord avec l’armée et sous le contrôle des soldats présents. Certaines séquences ont été coupées à leur demande, d’autres éléments ont été floutés. Ce qui apparaît à l’écran est validé par ces soldats. » La rédaction de TF1 ajoute que son équipe a été acheminée sur les lieux du tournage par l’armée ukrainienne dans les « règles de l’art » : « Michel Scott est l’un des journalistes français les plus expérimentés sur les zones de conflit. Il connaît les règles de la guerre. » Grand reporter à TF1 depuis 1999, le journaliste a en effet couvert de très nombreux conflits (Bosnie, Tchétchénie, Irak, Afghanistan…) et sait mettre en place un tournage « sans mettre en danger ceux qui interviennent », précise Guillaume Debré.

Sur différentes images, on peut voir très distinctement des cartes de l'armée ukrainienne.
Sur différentes images, on peut voir très distinctement des cartes de l’armée ukrainienne. – Capture d’écran

Six jours entre le tournage et la diffusion

Un autre point peut faire tiquer. Le journaliste polonais explique que les images ont été « immédiatement » publiées dans un reportage. Le soldat « Keks » a été tué le 18 juin, soit le lendemain de la diffusion du reportage au JT de 20h de TF1. Or, les images du PC de campagne ont été tournées le 10 juin, comme le confirme un plan où le journaliste français montre les images filmées « en ce moment » par une caméra ukrainienne. On peut voir dans le coin gauche, en haut de l’écran, la date du jour. Le reportage diffusé sept jours après le tournage… L’immédiateté est donc contestable. De la même manière, sur un champ de guerre comme celui du Donbass, on peut imaginer qu’en sept jours, les troupes et les combats ont pu se déplacer dans un sens comme dans l’autre et que les soldats ukrainiens n’étaient plus forcément sur les mêmes lieux.

Sur cette écran
Sur cette écran – Capture d’écran

La rédaction de TF1 confirme ce délai : « Les images dans le PC de campagne ont été filmées le 10 juin. Celles où l’on voit le soldat « Keks » ont été tournées le lendemain matin, le 11 juin, sur un terrain d’entraînement situé à 35 kilomètres de la zone de combat que l’on voit dans le reportage. » Surtout, Mateusz Lachowski nous informe que le soldat « Keks » a été tué le jour même de son arrivée sur une zone de combat. Ce n’est donc pas sa position au moment du reportage qui a pu être utilisée par les forces russes.

S’il est possible que renseignements de Moscou scrutent les médias étrangers pour glaner des informations, il est important de préciser qu’ils disposent également d’autres équipements nettement plus fiables et directs pour localiser un ennemi. L’armée russe dispose de satellites et de drones à même de localiser les forces ennemies. Ou, comme le font remarquer certains internautes qui se demandent si l’Iphone utilisé par les soldats ukrainiens dans la vidéo est sécurisé, l’espionnage a-t-il pu permettre d’obtenir des informations sur la position des Ukrainiens. Comment ce fut le cas, dans l’autre sens, quand les Ukrainiens ont pu identifier et tuer des gradés russes après avoir intercepté des communications des troupes de Moscou.





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