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Vagues de chaleur, sécheresse généralisée, incendies inédits… Vit-on le pire été de notre époque ?

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Deux canicules, la France en alerte sécheresse, des milliers d’hectares partis en fumée et la Méditerranée qui surchauffe, etc. Selon les prévisions des experts du climat, et notamment ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), ces épisodes symptômes du dérèglement climatique vont s’intensifier et devenir plus récurrents. L’été 2022 n’en est qu’à la moitié du chemin et la France connaît déjà l’une de ses pires périodes estivales.

Mais pour savoir si cette saison sera bel et bien la pire vécue de notre époque moderne, « il faudra toutefois attendre la fin de l’été pour être catégorique », répond Jean Jouzel, climatologue, ancien vice-président du conseil scientifique du Giec et coauteur de Climat : parlons vrai (Ed. Les Peregrines).

Des incendies intenses en série

Reste qu’il est d’ores et déjà possible d’affirmer que les événements qui s’enchaînent sont cette année particulièrement extrêmes, dans leur durée d’une part, et de part l’étendue des territoires touchés. Des incendies gigantesques ont déjà marqué la France dans le passé. Mais le rythme s’est emballé cet été, avec 1.800 hectares brûlés fin juin dans un camp militaire dans le Var, 1.250 dans les Pyrénées-Orientales, 650 dans les Cévennes début juillet, 1.600 au sud d’Avignon, 300 en Bretagne ou encore 21.000 en Gironde, etc. 

Et si certains de ces feux de forêt ont été déclenchés par un acte criminel et que 90 % des départs de feu sont  déclenchés par une activité humaine, leur intensité, notamment en Gironde, est due à la force du vent et au degré élevé des températures. Dans le Sud-Ouest, ces incendies ont d’ailleurs commencé à être maîtrisés à partir de la fin de l’épisode caniculaire le 19 juillet dernier.

Un été particulièrement chaud…

Cet épisode de très fortes chaleurs était le deuxième de l’été, alors que nous étions que mi-juillet. « Nous avons eu deux canicules, un été donc très chaud, surtout très sec. On peut toujours avoir un mois d’août moins mauvais, mais il faut se souvenir qu’en 2003, les deux semaines de canicule sont survenues début août », rappelle à 20 Minutes Jean Jouzel.

Les prévisions météo vont d’ailleurs dans le sens d’un nouvel épisode. Dès dimanche, une nouvelle vague de chaleur va toucher la France selon Météo-France. Elle devrait durer moins longtemps et sera sans doute moins intense. Mais l’été ne prend fin que le 21 septembre, et selon Jean Jouzel, la France n’est pas à l’abri d’une nouvelle vague de températures très élevées. « Ce que l’on a déjà connu, c’est tout de même extrêmement marqué, même si le record de la vague de chaleur à l’été 2019, 46 °C dans l’Hérault, n’a pas été atteint, là c’est la durée de l’épisode qui interpelle », commente le climatologue pointant le fait que cette année, même la Bretagne n’a pas été épargnée.

…Et sec

Ces vagues de chaleur qui durent s’accompagnent cette année d’une sécheresse inédite depuis 1959. Actuellement, 93 départements français sur 96 sont soumis à des restrictions d’eau. En Haute-Savoie, par exemple, huit des neuf bassins versants du département sont en alerte sécheresse renforcée depuis le 19 juillet dernier. La faiblesse de la ressource en eau est due à « un historique de faibles précipitations au cours de l’automne, plus en amont dans l’année », selon le secrétaire général de la préfecture Thomas Fauconnier.

En effet, selon Jean Jouzel, les précipitations du mois de juillet 2022 équivalent à « 15 % d’un mois de juillet normal » et « si ça se prolonge même deux semaines au mois d’août, cela deviendrait une situation critique sur de nombreux secteurs, comme l’agriculture, la production énergétique et même le tourisme seraient touchés », énumère le climatologue.

Des risques d’inondations à prévoir

Aux conséquences de cet été très sec, s’ajoute le risque d’inondations. Avec le réchauffement des températures, l’évaporation est plus intense et le sol devient très sec. Et comme les périodes très chaudes peuvent souvent se clore par des pluies torrentielles, le risque d’inondation, même s’il est difficile à prévoir, n’est pas à exclure, surtout dans le nord du pays. « Ces sols asséchés vont moins absorber les pluies » et pourraient donc favoriser les déluges, tels que les ont vécus l’Allemagne et la Belgique l’an dernier, rappelle notre expert.

Au Sud, un autre levier pourrait également augmenter le risque de fortes précipitations. La Méditerranée est touchée par une grande vague de chaleur marine depuis fin mai, affichant une température à 6 °C supérieurs à la moyenne. « Comme la mer est très chaude, elle va se refroidir plus lentement ce qui augmente les risques de pluies torrentielles dues à un épisode méditerranéen », alerte encore Jean Jouzel. Ce phénomène météorologique est en effet défini par Météo France comme « des précipitations intenses sur les régions méditerranéennes », précisant que « l’équivalent de plusieurs mois de précipitations tombe alors en seulement quelques heures ou quelques jours. »

Des étés de mal en pis

Alors faut-il s’attendre à des étés catastrophiques chaque année ? « Pas tous les ans, rassure Jean Jouzel. Mais de plus en plus souvent. » « Il est possible que l’an prochain nous ayons un été plus normal, alors que l’année dernière nous avions eu un été pourri, tranche-t-il. Néanmoins, ces conséquences du réchauffement climatique » ne nous surprennent plus, on les annonce depuis trente ans et elles vont s’accélérer avec la hausse de la température de la planète », admet-il.

Selon les prévisions du dernier rapport du Giec, ces épisodes climatiques extrêmes seront bien de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses. « Avant ce genre d’événements se produisaient tous les dix ans, actuellement, on a multiplié par deux cette fréquence. Avec seulement 1 °C supplémentaire pour la planète, il faut la multiplier par quatre. Si l’on atteint les 4 °C de plus, ces épisodes seront quasiment annuels », prédit le climatologue.

Pour autant, Jean Jouzel espère bien que ces effets du dérèglement climatique désormais bien visibles en France participeront « à la prise de conscience de la réalité du réchauffement climatique, de la fragilité de notre environnement et que cela amènera les citoyens à faire plus attention à leurs actions ».



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