Alors que le roi Charles III entame mardi une visite d’État au Kenya, promettant un meilleur partenariat et une reconnaissance du passé colonial de la Grande-Bretagne, les demandes de compensation se multiplient.
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Le président kenyan William Ruto a invité le roi Charles et la reine Camilla alors que le Kenya se prépare à célébrer en décembre ses 60 ans d’indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne.
La visite d’État vise à « célébrer les relations chaleureuses entre les deux pays », selon le palais de Buckingham.
Le couple royal devrait visiter la capitale, Nairobi, ainsi que le port de Mombasa et ses environs dans l’océan Indien.
Avant la visite d’État au Kenya, le Roi a rencontré des chefs d’entreprise et des invités spéciaux, convoqués par @PrincesTrustIntConseil consultatif pour l’Afrique.
L’association caritative a soutenu plus de 15 000 jeunes dans 6 pays, dont le Kenya, le Ghana, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda. pic.twitter.com/YXu89fOyHX
– La famille royale (@RoyalFamily) 18 octobre 2023
Le roi rencontrera des membres du gouvernement kenyan, du personnel de l’ONU, des chefs religieux, des jeunes et des marines kenyans en formation avec les Royal Marines britanniques. Il assistera également à un événement en l’honneur de l’écologiste et lauréate du prix Nobel Wangari Maathai.
Pourtant, parmi le public kenyan, l’ambiance est moins à la fête.
Une histoire « douloureuse »
“S’il ne vient pas s’excuser des atrocités qu’ils nous ont faites, alors il ne devrait pas venir”, a déclaré à l’AFP John Otieno, comptable de 53 ans.
Beaucoup partagent ce point de vue, en particulier ceux qui descendent des combattants de la liberté qui se sont opposés au régime impérial alors que le Kenya était sous contrôle britannique de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1963.
𝗞𝗘𝗡𝗬𝗔𝗡𝗦 𝗔𝗡𝗚𝗥𝗬 𝗔𝗛𝗘𝗔𝗗 𝗢𝗙 𝗖𝗛𝗔𝗥𝗟𝗜𝗘’𝗦 𝗩 𝗜𝗦𝗜𝗧
Le roi Charles atterrira au Kenya à la fin du mois – sa première visite dans un pays du Commonwealth en tant que monarque. Mais il pourrait faire face à une vague de colère de la part de milliers de Kenyans exigeant des compensations de la part du… pic.twitter.com/3oA6Lyf6uS
– Flux africain (@african_stream) 26 octobre 2023
Le palais de Buckingham a indiqué que le voyage servirait également à « reconnaître les aspects les plus douloureux de l’histoire commune du Royaume-Uni et du Kenya, notamment l’état d’urgence » de 1952 à 1960, une référence aux rébellions féroces contre le régime colonial, notamment celles des Mau Mau.
“Sa Majesté prendra le temps, au cours de sa visite, d’approfondir sa compréhension des torts subis pendant cette période par le peuple kenyan”, a indiqué le palais.
Environ 10 000 personnes ont été tuées lors de la répression brutale par la Grande-Bretagne du soulèvement des Mau Mau, qui fut l’une des insurrections les plus sanglantes de l’histoire de l’ancien Empire britannique.
En 2013, la Grande-Bretagne a accepté d’indemniser plus de 5 000 Kenyans victimes d’abus pendant la révolte, pour un montant de près de 20 millions de livres (près de 23 millions d’euros).
La Grande-Bretagne a également financé un mémorial à la mémoire de toutes les victimes, un exemple rare d’anciens dirigeants commémorant un soulèvement colonial.
Mais pour de nombreuses victimes, cela ne suffit pas.
Restitution, indemnisation
Gitu Wa Kahengeri a été emprisonné, torturé et privé de nourriture dans un camp de travail britannique au Kenya il y a plus de soixante ans pour sa participation à la rébellion Mau Mau.
Aujourd’hui nonagénaire et chef d’une association d’anciens combattants Mau Mau, Gitu a intensifié ses pressions pour obtenir des excuses et une compensation de la part du gouvernement britannique avant la visite de Charles.
“Si on me donnait une place et une chance de parler au roi, la première question que je lui poserais serait : pourquoi as-tu gardé le silence ?” a-t-il déclaré à l’AFP.
Gitu appelle Charles à restituer « sincèrement et volontairement » tout objet emporté au Kenya et à aller au-delà de la déclaration publique de regret pour les abus commis.
Accaparement des terres
Les peuples Massaï et Samburu ont également exprimé des revendications liées à la perte de leurs terres ancestrales sous la domination britannique.
“Le vol de nos terres a bouleversé nos modes de vie, désintégré notre patrimoine culturel et affaibli nos moyens de subsistance et ceux des générations futures”, a déclaré Daniel, un chef masaï de Narok, à la correspondante de RFI Gaëlle Laleix à Nairobi.
Les traités d’exploitation signés avec les autorités britanniques au début du XXe siècle ont forcé les Massaï à quitter leurs terres et les ont refoulés dans des réserves, a-t-il expliqué.

“Nous demandons à Sa Majesté la reconnaissance des injustices historiques faites aux Massaï”, a ajouté Richard Legyagu, membre du conseil des anciens de Samburu, dans le centre du Kenya.
“Nous proposons un plan global de restitution des terres et d’indemnisation.”
(avec fils de presse)